Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.

Résumé de l’année

Une année encadrée par deux rois d’Angleterre — George V meurt en janvier, Édouard VIII abdique en décembre —, traversée par le Front populaire, les grèves et la guerre d’Espagne, et ouverte par quinze jours où Andrée a cru perdre son plus jeune fils.

Janvier est terrible. Yves, dix-huit mois, fait de la fièvre depuis Noël ; elle monte, jour après jour, jusqu’à 40°7. Un second médecin appelé en consultation trouve « un tout petit foyer de congestion » ; on fait des enveloppements sinapisés toutes les trois heures le jour, toutes les quatre la nuit, pendant que quatre neuvaines sont dites en parallèle par les religieuses, les institutrices, sa cousine et la Visitation. Le 12 janvier, la fièvre tombe : « quel soulagement et quelle joie… le pauvre chéri est tout maigre, tout pâle ! ce n’est plus le beau bébé espiègle et rieur ». Suivront la coqueluche des deux filles, la grippe et la bronchite de Jacques, et cette phrase de février : « j’ai les nerfs à fleur de peau et tout me dégoûte et m’ennuie ».

Le monde extérieur, lui, se durcit. Les élections de mai tiennent en une ligne sèche, à la fin d’une entrée : « Élections désastreuses, les partis nationaux gagnent quelques sièges, mais les communistes en gagnent plus de soixante, que va-t-il sortir de tout cela ?… » Les grèves reviennent deux fois en refrain — « toujours des grèves un peu partout, situation inquiétante » —, puis c’est l’Espagne, le 26 juillet : « les journaux sont terrifiants ces jours-ci ! il y a la guerre civile en Espagne… il y a déjà plus de vingt mille morts, et c’est affreux. Que Dieu nous protège, afin que pareille chose ne nous arrive pas ! » En septembre, après la chute d’Irun : « Dieu veuille qu’ils remportent la victoire, ou nous verrons bientôt en France de semblables choses ! » Le journal ne cache pas de quel côté il est.

Trois scènes tiennent lieu de contrepoint. La première communion de Jacqueline, en mai, où ses parents communient de part et d’autre d’elle comme deux ans plus tôt pour Jean — et où reviennent les mêmes larmes : « en pensant à celui dont la place est toujours vide parmi nous, au grand-père qui, en pareil jour, aurait été si heureux ». Le 20 octobre, cinq ans après sa mort — l’entrée est celle du 25 octobre —, une croix est bénie à l’endroit exact de la route où Victor Potier s’est arrêté ; tous les métayers sont convoqués. Et le jour de la Toussaint, un sac de vieux papiers retrouvé au grenier ouvre une veillée de généalogie : « ce sont des papiers qui viennent du Petit-Logis… voilà des ancêtres dont j’ignorais même les noms, je ne sais pas ce qu’ils furent, j’ignore ce que furent leurs vies ! ils vécurent dans des temps troublés, puisque la Révolution faisait rage… et, en ce matin de la Toussaint, j’ai tenu à évoquer leur souvenir ». Voir la généalogie familiale.

Un cinquième enfant est annoncé le 24 mai pour la fin janvier 1937 ; l’année se termine dans les préparatifs, un régime prescrit dès le 1er décembre, et un store de salle à manger commencé en octobre 1935 qui n’est toujours pas fini — c’est le fil comique de l’année, revenu presque chaque dimanche : « pour changer, mon store n’a guère avancé ».

Sur la source. C’est au milieu de cette année qu’Anne Dugast interrompt sa retranscription pour une note laissée dans le fil du texte : « Juin 1936 et avril 1940, ont été copiés depuis un cahier (bis) sans doute recopié, je n’ai pas le courage de reprendre ces années pour le moment ». Le mois de juin 1936 ne vient donc pas du cahier original, mais d’une copie dont la transcriptrice elle-même doute. Voir docs/corpus.md.

Résumés de période

La maladie d’Yves — janvier

Deux entrées, et rien d’autre dans la vie : le 5 janvier, « le petit chéri n’est pas très abattu, il jouerait même volontiers, seulement il a maigri, il est faible, il a une pauvre petite figure souffrante qui serre le cœur » ; le 12 janvier, la courbe de température heure par heure, les piqûres, les prières, puis la chute. Le 26 janvier, la mort de George V : « c’est encore un allié de la France qui disparaît, un des derniers chefs d’État de la Grande guerre ». Ses obsèques seront suivies à la TSF pendant toute une journée (2 février).

Coqueluches et convalescences — février à avril

Un hiver de piqûres préventives, de quintes et de nuits passées à recueillir dans une cuvette ce que rend une petite fille de quatre ans (1<sup>er</sup> mars). Le 23 février offre, en creux, la plus jolie image de l’année : Jacques convalescent installé au salon avec une table, les trois petits qui jasent à côté de lui, une symphonie de Beethoven à la radio, « c’est une heure exquise, une heure de paix telle que je n’en avais connue depuis longtemps ». Le 8 mars, l’envie de partir : « j’ai besoin un peu d’évasion », alors que sa sœur s’en va pour Paris et Bruxelles — « comment le pourrais-je ? »

La communion de Jacqueline, et un déluge — mai et juin

La fête est racontée depuis les Sables, où la famille passe quinze jours de mai pendant que des travaux occupent la maison : la table décorée de lilas blanc, le saumon, et la petite communiante conduite ensuite à la grotte et au cimetière. Fin juin, un orage transforme le bourg en rivière : trente à quarante centimètres d’eau sur la route, les égouts bouchés, une partie du jardin du médecin emportée — « depuis les fameuses inondations de 1919, on n’avait pas vu chose pareille ! » (28 juin).

L’été des Sables — juillet et août

Il commence par une brûlure : un pot de confiture qui se fend et lui vide sur la main gauche son contenu bouillant (11 juillet). La saison est froide, la plage souvent démontée par les grandes marées, mais Jean apprend à nager et Yves découvre l’eau : « il avait de l’eau jusqu’aux genoux et criait de plaisir, il pétrissait du sable mouillé, trempait ses mains avec délice… je l’ai ramené trempé, de l’écume et du sable jusqu’aux cheveux, mais navré d’abandonner un jeu aussi passionnant » (19 août). Cinéma presque chaque semaine — Les Temps modernes, La Symphonie inachevée, Veillée d’armes — et, en toile de fond, les dépêches d’Espagne.

La croix, les ancêtres, l’attente — octobre à décembre

Rentrée, séjours à Nantes pour les toilettes d’hiver, bénédiction de la croix élevée sur la route d’Aizenay, congestion pulmonaire de Geneviève puis d’Yves — « ce seul mot de congestion m’effraie à la pensée de ce qu’il nous a fait en janvier ! » (8 novembre). Le 6 décembre, les enfants organisent pour sa fête une cérémonie en règle : Yves apporte les chrysanthèmes, les filles récitent des fables, Jean offre un rouleau de papier — « une fable composée par lui-même » — et un petit vase acheté sur leurs économies. Le 13 décembre, la fin de l’affaire anglaise : « il a préféré renoncer au trône plutôt qu’à Mrs Simpson ».

Entrées notables

  • 5 janvier — Huit jours de fièvre, et l’attente d’un diagnostic.
  • 12 janvier — La congestion d’Yves, jour par jour, jusqu’à 40°7.
  • 26 janvier — Mort de George V, et le centième ministère de la République.
  • 23 février — « Une heure de paix telle que je n’en avais connue depuis longtemps. »
  • 8 mars — « J’ai besoin un peu d’évasion. »
  • 19 avril — Le printemps emporté en une journée de vent, et une Semaine sainte suivie de loin.
  • 24 mai — Un cinquième enfant annoncé ; les élections en une ligne.
  • 28 juin — Le bourg sous quarante centimètres d’eau.
  • 11 juillet — La main brûlée par un pot de confiture.
  • 26 juillet — La guerre d’Espagne entre dans le journal.
  • 19 août — Yves dans les vagues, ramené « navré ».
  • 25 octobre — La croix bénie à l’endroit où son père est mort ; et les ancêtres retrouvés dans un sac de vieux papiers.
  • 8 novembre — Deux congestions coup sur coup, et la peur de janvier.
  • 6 décembre — La cérémonie des enfants pour sa fête, et la fable composée par Jean.
  • 13 décembre — L’abdication d’Édouard VIII.