Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.
Résumé de l’année
Une année de maladies — celles des enfants, puis la sienne — au bout de laquelle le journal annonce un quatrième enfant. Et l’année où, pour la première fois depuis 1918, le mot guerre revient sous la plume d’Andrée.
Février donne le ton. Jacqueline, trois ans et demi, fait une otite qui tourne mal : le 26 février, à huit heures du matin, elle a 40°, les deux oreilles prises. Le docteur la fait transporter à la clinique de La Roche et perfore le tympan gauche séance tenante ; il dira plus tard qu’il craignait une méningite. Andrée reste cinq jours auprès d’elle. Les alertes reprendront en mars, en juin — une nuit aux Sables où sa grand-mère, affolée, court chercher le médecin — jusqu’à l’ablation des végétations en juillet.
Puis c’est elle. Une angine fin avril, une grippe et une grosse bronchite ensuite : plus de quinze jours au lit, « j’ai maigri de plusieurs kilos et n’ai plus aucune force » (22 mai). Ventouses, cataplasmes, potions ; le médecin lui impose des mois de précautions. C’est la première fois que le journal la montre immobilisée aussi longtemps sans que ce soit une grossesse, et elle le dit sans détour : « je ne fais que cela depuis un mois, et je m’ennuie ! » Elle n’ira ni au mariage prévu à Paris, ni nulle part ; ses enfants passent le printemps aux Sables avec leur grand-mère.
Le 19 mars, entre l’oreille de sa fille et le récit de la semaine, une phrase que rien n’annonçait : « les événements extérieurs ne sont pas rassurants, et la menace d’une guerre pèse sur l’Europe, ce serait quelque chose d’effroyable et on ne peut assez prier pour demander à Dieu d’éloigner de nous ce cauchemar ! » Une semaine plus tard, elle note que « la situation extérieure, sans être claire, est un peu moins tendue », et ajoute : « je voudrais fixer cette heure et toujours y demeurer ! »
En octobre meurt tante Marie-Angèle, visitandine à Nantes, dont le journal suit la santé depuis des années. Andrée en donne le récit le plus précis que le corpus contienne d’une mort religieuse (8 octobre) : deux dépêches à quelques heures d’intervalle, le corps exposé dans le chœur des sœurs « couronné et couvert de roses blanches, mais toujours derrière la grille », puis la cérémonie où la supérieure s’approche une dernière fois, « lui a glissé les mains dans les manches, échangé la croix d’argent contre une croix de bois, rabattu sur la figure le drap et le suaire ». Et cette remarque, qui vaut pour tout le wiki : « la première sortie de cette pauvre Tante, depuis quarante-quatre ans qu’elle était au couvent — que de changements n’aurait-elle pas trouvés ! »
L’année se referme sur une grossesse annoncée le 28 octobre pour l’été suivant — « il me faudrait un garçon cette fois-ci » — et sur un accueil qui n’est pas celui qu’elle espérait : quand elle l’apprend à sa mère en décembre, « elle n’a trop rien dit, elle ne l’accepte pas avec la même joie que moi ».
Résumés de période
L’hiver des grippes — janvier et février
Le froid gèle deux fois le service d’eau, le mari, la bonne et le clerc tombent malades la même semaine, et Andrée fait la navette entre les chambres, l’étude et le grenier où des ouvriers dégèlent les tuyaux (29 janvier). Le 12 février, la bénédiction du 75e anniversaire des apparitions de Lourdes lui ramène tout un passé : « nous avons chanté devant la statue illuminée l’Ave Maris Stella, chanté si souvent autrefois… ma réception d’Enfant de Marie, la bénédiction de chaque soir à Chavagnes pendant la guerre, et la dernière fois de ma vie de jeune fille, l’Ave Maris Stella de ma messe de mariage ». Puis l’otite, et la clinique.
Jean chez les garçons — mars et avril
Le 5 mars, son fils quitte l’école enfantine pour La Jamonière : « cela a été pénible de l’envoyer ainsi au milieu de tous ces garçons ! à l’asile, Mlle Violeau faisait un peu la maman, tandis que maintenant le voilà lancé dans la vie ! » Elle coud beaucoup — un tailleur monté avec une professeure de coupe de Nantes, des jupes, des napperons — et note le retour des hirondelles au nid qu’elle connaît « depuis sa plus tendre enfance » (2 avril).
La maladie — mai et juin
Un mois de chambre, puis la lente remontée : première sortie au jardin début juin, première journée aux Sables autorisée par le médecin, « quelle joie de sortir après une si longue réclusion ! » (3 juin). Le 25 juin apporte deux scènes que tout sépare : la bénédiction de la mer aux Sables, cinquante bateaux pavoisés autour de celui de l’évêque et le Libera chanté pour les péris en mer ; et l’incendie évité de justesse au Poiré, un fer à repasser resté branché de sept heures à dix heures et demie — « s’il n’était pas passé par l’escalier de service, nous aurions flambé dans la nuit ! »
L’été des Sables — juillet et août
Six semaines de plage entre deux allers-retours : dans le bloc du 6 août, que la transcription rattache à l’entrée du 13 août, elle rentre seule au Poiré soigner Jacques malade et repart deux jours plus tard en autobus. Les soirées sont belles — les Petits Chanteurs à la Croix de Bois au Casino, dont elle démonte le charme avec justesse (30 juillet), la Chapelle ukrainienne et son chef « qui dirigeait sans baguette, avec des mouvements de mains qui ressemblaient à des incantations ». Et le 28 août, un aveu de solitude d’un autre genre que ceux des années précédentes : « un sentiment bizarre que je suis en dehors de beaucoup de choses, que je ne peux m’intéresser à ce qui intéresse certaines autres, alors que ce qui me passionne les laisse indifférentes ».
La Touraine et le deuil — septembre à décembre
Journée à Noirmoutier passée au Goie de bon matin (3 septembre) ; rentrée des classes de Jean et de Jacqueline, qui lui laisse enfin ses matinées ; puis la mort de tante Marie-Angèle. En octobre, cinq jours à La Haye-Descartes chez sa sœur — « une seconde visite depuis deux ans et demie qu’elle est mariée » — avec Tours, Azay-le-Rideau et un déjeuner de retrouvailles à Saumur (22 octobre). L’hiver revient froid : −9° au Poiré, les tuyaux gelés, et le 31 décembre la catastrophe ferroviaire de la veille de Noël, « plus de deux cents victimes », dont deux couples de la famille ont réchappé en prenant les trains précédents. Le journal se termine sur un vœu : « je demande seulement que cette année soit illuminée pour nous par le minois rose et le sourire d’un petit bébé. »
Entrées notables
- 29 janvier — Trois malades, −9°, et le service d’eau gelé deux fois.
- 12 février — L’Ave Maris Stella et tout ce qu’il ramène.
- 26 février — Jacqueline à 40°, la clinique, le tympan perforé.
- 5 mars — Jean « lancé dans la vie » à six ans.
- 19 mars — « La menace d’une guerre pèse sur l’Europe. »
- 22 mai — Quinze jours de lit : « j’ai maigri de plusieurs kilos ».
- 25 juin — La bénédiction de la mer, et le fer à repasser qui a failli tout brûler.
- 30 juillet — Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois, écoutés en connaisseuse.
- 28 août — « Je suis en dehors de beaucoup de choses. »
- 3 septembre — Noirmoutier au petit matin, et la sécheresse qui prive d’eau.
- 8 octobre — La mort et l’enterrement de tante Marie-Angèle, derrière la grille.
- 22 octobre — La Haye-Descartes, Azay-le-Rideau, et un déjeuner à Saumur.
- 28 octobre — Le quatrième enfant annoncé.
- 17 décembre — L’accueil réservé de sa mère ; et les soirées d’histoire, Révolution puis Directoire.
- 31 décembre — La catastrophe ferroviaire de la veille de Noël, et le vœu de l’année.