Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.

Résumé de l’année

L’année la plus lourde du journal depuis la guerre : une troisième grossesse, la mort brutale de son père, une naissance quinze jours plus tard, et un fils gravement malade à cent kilomètres d’elle — le tout en six semaines.

Elle commence pourtant en fête. Le 11 janvier, Andrée raconte le mariage de sa sœur Jacqueline avec Jean Granger : elle est debout à six heures, habille Jean, fait le kéfir, les biberons et les bouillies, prépare les déjeuners de toute la maisonnée, puis va recevoir les invités et faire les présentations. Sa sœur part s’installer à La Haye-Descartes, et le vide qu’elle laisse revient dans tout le reste de l’année.

Le 1<sup>er</sup> mars, la troisième grossesse est annoncée. Une semaine plus tard, la phrase qui dit ce que deux fausses couches ont laissé : « je vis dans la terreur de faire une fausse couche et ce sont des craintes incessantes ». Elle se cloître, ne monte plus en auto, laisse partir les autres — « une fois de plus j’ai vu partir l’auto sans moi ». C’est là, le 27 septembre, au bout d’une journée de colères d’enfant, que la TSF lui joue Le Beau Danube bleu : « rarement musique m’a fait mal comme celle-là, j’ai été prise d’une nostalgie intense, d’un désir ardent de toutes les choses sacrifiées pour ma vie de femme et de mère, les voyages, les distractions qui m’étaient chères, ma liberté d’autrefois… malgré tout je ne changerais pas ma part contre une autre ».

Le 18 octobre, elle part attendre à Nantes. Trois jours plus tard, son père meurt.

La mort de Victor Potier. Le journal la raconte le 23 octobre, jour de l’enterrement, et ne date pas le décès. La chaîne des jours le place au mardi 20 octobre : Andrée écrit tranquillement le mardi soir, sans rien savoir ; le mercredi, sa belle-sœur rentre du bureau « plus tôt que de coutume » avec « sa figure bouleversée » et a déjà téléphoné à Jacques dans la matinée ; le docteur Lucas arrive de Vendée après le déjeuner de ce mercredi pour le lui apprendre ; Jacques la rejoint le soir même après « une nuit blanche ». L’entrée du mardi 20 octobre a donc été écrite le soir où son père venait de mourir.

Il est parti le matin pour la dernière journée de vendange. « À l’heure accoutumée, il a pris la route du retour, des personnes rencontrées en route lui ont dit bonjour comme d’ordinaire, quand tout à coup, une embolie s’est produite, et la mort est survenue, foudroyante, Papa a lâché volant et pédales, et la voiture, abandonnée à elle-même, a zigzagué sur la route et finalement pris sa gauche pour aller heurter un tas de terre. » C’est Jacques qui reçoit l’appel, va reconnaître le corps avec un gendarme, un prêtre et le docteur, et fait prévenir sa belle-mère par une tierce personne. Andrée, à quinze jours du terme, ne peut ni le revoir ni assister à l’enterrement ; elle écrit à l’heure exacte de la cérémonie « pour être de cœur avec eux tous ». Et elle ajoute ce que le journal n’avait jamais dit d’aussi net sur son père : « dire que ce pauvre Papa est mort tout seul au bord d’une route sans avoir un instant pour se reconnaître et se mettre en règle avec Dieu ! Depuis des années il ne pratiquait plus et j’avais tant compté sur les petits pour le ramener !… »

Geneviève naît deux semaines après, au terme d’une journée où tout se superpose : Jean, fiévreux à 40°4 chez sa grand-mère, hurle en voyant partir sa mère à cinq heures du matin ; l’accouchement traîne jusqu’au soir et se termine sous anesthésie ; la petite Jacqueline, restée au Poiré, fait 40° le même jour sans qu’Andrée le sache. Le baptême, le 11 novembre, se fait sans le grand-père, sans le frère et sans la sœur : « triste baptême ». Jean ne rentrera qu’à Noël, après un mois de séparation et trois semaines de diète — « c’est tout juste s’il n’a pas fallu lui réapprendre à marcher ».

Deux catastrophes extérieures traversent aussi l’année, et l’une est toute proche. Le dimanche de la Fête-Dieu, un cyclone abat un marronnier à quelques mètres de la maison ; le même après-midi, le vapeur Saint-Philbert chavire à la pointe Saint-Gildas avec cinq cents passagers à bord. Andrée en fait le récit le 21 juin : « huit seulement ont été retrouvées vivantes, et on a recueilli une cinquantaine de cadavres ». Plus loin, l’Espagne : le 19 avril, la TSF lui apprend le départ du roi et la proclamation de la République — « encore une dynastie qui s’en va ! »

Résumés de période

Le mariage — janvier

Une semaine entière de cortèges, de plans de table et de repas à l’Europe de La Roche, racontée le 11 janvier : « il y aurait trop de détails à raconter, j’y renonce ». Le 18 janvier, une conversation d’après-midi porte, pour une fois, sur autre chose que les toilettes : l’encyclique sur le mariage vient de paraître, « toutes ces dames en sont épouvantées et redoutent les foudres de leurs confesseurs ».

La réclusion — mars à mai

Grossesse difficile, nausées, dégoût du travail, longues après-midi seule avec les enfants. Deux départs de curé — celui de la paroisse, parti sans dire adieu pour ne pas s’exposer aux émotions — et l’Espagne à la radio. Le 26 avril, la visite d’une religieuse partant évangéliser les Papous : « deux mois de voyage et un tel départ sans aucun espoir de retour… si un de mes enfants me demandait ce sacrifice, quel déchirement atroce ce serait ! » Trois semaines aux Sables en mai, où l’enfant remue pour la première fois.

Le cyclone et le Saint-Philbert — juin

La semaine « tragique » du 21 juin, qui commence par un portail qu’elle n’arrive pas à tenir dans le vent avec deux petits accrochés à elle, et finit par le pire naufrage de la région. Suivent les abcès à répétition de Jacqueline — trois en huit jours — et le vaccin décidé en urgence.

L’été des Sables — août

Un mois sur la plage, enceinte de sept mois, à surveiller deux enfants qui tombent à l’eau tour à tour (16 août). Elle fait couper les boucles de sa fille — « je me suis décidée à un grand sacrifice » — et note le bénéfice réel du séjour : « tout en travaillant, je jouis intensément des aspects variés du ciel et de la mer… quel repos et quelle paix que cette contemplation, loin des conversations futiles et des choses oiseuses ».

Nantes, la mort, la naissance — octobre et novembre

Départ le 18 octobre, tension artérielle trop élevée, régime sévère et repos absolu (20 octobre). Puis la mort de son père, les journées d’attente où elle tricote le deuil de sa fille « en blanc, elle est encore si petite », et l’accouchement — le mercredi 4 novembre, si l’on suit le récit depuis la Toussaint et le baptême « mercredi 11 novembre » qui le suit d’une semaine. Elle relit tout cela le 17 décembre : « j’en suis encore à me demander comment Jacques a pu supporter à lui seul, pendant toute la journée, ce fardeau de peines, et comment il a réussi, pour me remonter un peu, à me présenter un visage souriant ! il y avait de quoi devenir fou ! »

La convalescence — novembre et décembre

Retour au Poiré le 16 novembre, mais couchée : trois semaines de précautions, la maison tenue de loin, une bonne qui part se marier et une autre à former. Elle téléphone à Jean chaque semaine et note ce qu’il lui raconte — « quatre filets de sole et de la marmelade, et c’était bon ! » La première sortie, racontée le 20 décembre, est pour aller se confesser : « j’étais comme étourdie de me retrouver dehors après tant de semaines de réclusion ». Jean rentre la veille de Noël ; Jacques, lui, a hérité de tout ce que faisait son beau-père — métairies, foires, bétail.

Entrées notables

  • 11 janvier — Le mariage de Jacqueline, vu depuis la cuisine puis depuis le cortège.
  • 18 janvier — L’encyclique sur le mariage à l’ordre du jour des visites.
  • 8 mars — « Je vis dans la terreur de faire une fausse couche. »
  • 19 avril — La République proclamée en Espagne, apprise par la TSF.
  • 21 juin — Le cyclone au Poiré, et le naufrage du Saint-Philbert.
  • 16 août — Deux enfants, deux bains forcés, et la mer regardée entre deux.
  • 27 septembre — Le Beau Danube bleu, et tout ce qui a été sacrifié.
  • 11 octobre — Le dernier dimanche avant le départ, et 33 pots de gelée de pommes.
  • 20 octobre — L’entrée écrite le soir de la mort de son père, qu’elle ignore encore.
  • 23 octobre — Le récit de la mort de Victor Potier, écrit à l’heure de l’enterrement.
  • 15 novembre — La naissance de Geneviève, entre un fils à 40° et une fille malade qu’on lui cache.
  • 5 décembre — La maison tenue depuis une chaise longue, et Jacques qui reprend les tournées du mort.
  • 23 décembre — Jean retrouvé à Nantes : « il a grimpé sur mes genoux et m’a raconté quantité de choses ».