Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.
Résumé de l’année
Un cinquième enfant en janvier, l’aîné au collège en octobre : l’année où la famille atteint son plus grand nombre et commence, le même automne, à se disperser.
Pierre naît le 20 janvier à Nantes — départ à cinq heures du matin, naissance avant dix heures, « un gros garçon de 8 livres 300 ». Le récit qu’en fait Andrée le 31 janvier est le plus technique du corpus : la piqûre, « les tampons de chloroforme se sont succédés jusqu’à ce qu’on me mette le masque, puis plus rien… quand je me suis réveillée, le poupon était dans le pèse-bébé ! » Jean, dix ans, est parrain, « tout fier et pénétré de son importance ». Le retour au Poiré a lieu deux semaines plus tard, et cette fois la séparation aura été courte.
Le contraste avec octobre est brutal. Jean quitte l’école communale en juillet — « il m’est dur de penser que je ne verrai jamais plus le petit écolier partir, sac au dos, dans les matins gris d’hiver… c’est encore une chose qui finit » — et entre en pension à Richelieu, à La Roche, le 28 septembre. Andrée raconte l’installation geste par geste : la place au réfectoire, la place en classe, le dortoir, « nous avons installé sur son lit sa chemise de nuit et ses vêtements pour le lendemain ». Puis : « il nous a embrassé et il est parti… C’est un tel vide à la maison que de ne plus l’avoir, et je suis toujours à guetter son arrivée quand j’ai entendu sonner la cloche de la Jamonière » (3 octobre).
Entre les deux, un pèlerinage longtemps différé : une semaine à Lourdes fin août, avec Jacques et Jean, « afin de le mettre sous la protection de la Sainte Vierge » avant son entrée au collège. Le pèlerinage vendéen, l’évêque en tête, la procession du Saint-Sacrement, la messe de communion à la grotte à six heures du matin, une excursion à Gavarnie jusqu’au pont de neige, et un retour interminable, l’express de Bordeaux manqué d’une demi-heure et quatre changements — le tout raconté dans le bloc du 29 août, que la transcription rattache à l’entrée du 8 août.
L’année est aussi celle où le corps d’Andrée sert de remède. Aux Sables, en août, Pierre fait une furonculose qui ne cède pas ; le médecin lui prend trois fois du sang à elle pour l’injecter au bébé : « il paraît qu’on obtient ainsi des cures merveilleuses ! En tous cas le petit chéri n’a rien eu depuis et c’est le principal. » En novembre, les oreillons passent d’un enfant à l’autre puis à elle, qui reste enfermée une semaine, le visage bandé (28 novembre).
Et c’est l’année où le journal formule le mieux ce qu’il est en train de faire. Le 16 mai, après une journée dont elle donne l’inventaire complet et qui la mène au lit à dix heures et demie : « ces journées pleines, ces journées bourrées de travail, combien je les regretterai plus tard, lorsque les enfants devenus grands auront quitté le nid… »
Résumés de période
La naissance et la convalescence — janvier à mars
Le départ redouté — « la pensée de ce départ tout proche me remplit d’angoisse » (17 janvier) —, puis quinze jours de clinique où défilent les visites, et le retour. En février, elle décrit la remontée par paliers : la première fois debout, la première toilette du bébé donnée elle-même, le premier tour de jardin, la réinstallation dans le bureau. Le 28 février, le tableau de la maisonnée en quatre lignes, brûlure de soupe comprise : Jean « s’est heurté dans la soupière que Lucienne apportait » et garde une marque au-dessus de la lèvre.
Le printemps liturgique — avril à juin
Un mois de Marie tenu à la maison : « j’ai dressé sur la cheminée du bureau un petit autel à la Sainte Vierge, il y a des fleurs, des bougies ; nous récitons la prière, une dizaine de chapelet, nous chantons un cantique, les enfants sont contents ! » (2 mai). Les bénédictions de village se font en expédition — un soir, la famille traverse la campagne avec une bicyclette, une voiture d’enfant et celle d’un voisin. Le 16 mai, le couronnement de George VI est suivi à la TSF, avec ce regret d’auditrice : les explications du sacre « n’étaient données qu’en anglais ».
L’été : Lourdes et la furonculose — juillet et août
La fin de l’école pour Jean, la distribution des prix, vingt-deux personnes à déjeuner. Puis les Sables, où l’été n’a plus rien d’un repos : « ici nous sommes forcément les uns sur les autres et cela m’est pénible… nous sommes plusieurs personnes à donner des ordres, cela ne vaut rien » (1<sup>er</sup> août). Deux semaines d’inquiétude pour Pierre, les transfusions, puis le voyage à Lourdes.
La rentrée, le vide — septembre à décembre
Kermesse, adieux de Jean à toutes les maisons du bourg, entrée au collège. Il revient pour la Toussaint et Andrée note la tournée des cimetières faite avec les enfants, tombe après tombe, y compris celles « de ceux que nous avons connus » et celles des parents d’Anne, l’ancienne employée devenue religieuse (7 novembre). En décembre, les cadeaux sont faits à la main faute de pouvoir les acheter — « les jouets sont si chers que j’ai préféré faire le plus possible par moi-même » (12 décembre) : linge de poupée, enveloppes de serviette, dessus de lit et rideaux pour la chambre du collégien, un chandail pour Jacques tricoté « en cachette ». La messe de minuit est faite en tête à tête avec Jacqueline, huit ans, suivie d’un réveillon de thé et de gâteaux (26 décembre).
Entrées notables
- 17 janvier — La veille du départ : « le cœur serré en songeant à tout ce que je laisse ici ».
- 31 janvier — La naissance de Pierre, du réveil de onze heures et demie au masque de chloroforme.
- 11 février — Une maison silencieuse, et dix-sept ans depuis la mort de Simone.
- 25 avril — Une journée à Noirmoutier entre deux passages du Gois.
- 2 mai — Le mois de Marie installé sur la cheminée du bureau.
- 16 mai — « Ces journées bourrées de travail, combien je les regretterai plus tard. »
- 25 juillet — La dernière rentrée de l’écolier, et ce qui finit avec elle.
- 8 août — Une semaine d’inquiétude aux Sables ; et, dans le bloc du 29, Lourdes avec Jean.
- 3 octobre — L’entrée au collège, lit par lit.
- 7 novembre — La tournée des tombes, expliquée aux enfants.
- 21 novembre — Les oreillons de proche en proche.
- 12 décembre — Un Noël fait main, faute de moyens.
- 26 décembre — La messe de minuit à deux, mère et fille.