Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.

Résumé de l’année

Une année à deux voix : au-dehors, des élections que le journal suit comme un feuilleton ; au-dedans, une seconde fausse couche et le découragement le plus net que ce cahier ait jamais formulé.

Le printemps est politique. Le 15 avril, trois candidats se présentent dans la circonscription : Roch le radical, qu’elle donne perdant d’avance, Durand « catholique, républicain », et de Kervenoaël, « représentant du duc de Guise en Vendée, et ligueur d’Action française ». Depuis la mise à l’Index de l’Action française l’année précédente, Andrée tient le choix pour tranché : « pour tout catholique digne de ce nom, c’est-à-dire soumis au Pape, il ne devrait pas y avoir l’ombre d’une hésitation, mais les consciences sont tellement aveuglées… » Suivent la réunion sabotée par le maire au 17 avril, le ballottage, le désistement promis puis repris, et la victoire de Durand apprise à Nantes par le journal du matin (20 mai). C’est le seul moment du journal où Andrée raconte une campagne électorale de bout en bout, incidents de bureau compris.

Le reste appartient au corps et à la maison. Une petite boule au sein gauche, découverte fin 1927, est opérée à Nantes début mars (7 mars) : « je suis montée bien sagement sur la table d’opération ». En avril, l’espoir d’un second enfant pour décembre ; le 4 juin, une phrase sèche : « il y a loin de la coupe aux lèvres, et les beaux rêves ne se réalisent pas toujours ! il y a trois semaines j’étais heureuse… je viens de faire une seconde fausse couche ». Et le 21 décembre, la même espérance qui repart, à voix basse : « je ne suis pas encore sûre, mais peut-être est-ce ce que nous désirons tant… ! »

Entre les deux, Jean occupe presque tout : la première dent le 15 janvier, la varicelle qui bloque la famille une semaine à Nantes le 20 mai, deux infections intestinales, les premiers pas, et le passage du berceau au petit lit le 25 mars — « il m’en a coûté de défaire ainsi ces petits nids… j’espère que Dieu ne permettra pas qu’ils restent trop longtemps vides ».

Deux nouveautés entrent dans la maison, et disent l’époque mieux qu’un commentaire : l’électricité, que le conseil municipal du Poiré doit accepter ou refuser en avril — « que nos braves conseillers de la campagne n’aillent pas faire la bêtise énorme de refuser » — et un poste de TSF, installé une semaine avant Noël. Le 17 décembre, Andrée décrit la première écoute de Werther capté depuis Toulouse : « ce sont des sifflements, des grondements, des grincements épouvantables, puis une phrase musicale jaillit, d’abord hésitante et frêle, puis nette et pure, le poste est trouvé ! » Le soir de Noël, seule à la maison pendant que Jacques garde Jean, elle veille avec la radio qui lui chante des noëls.

Le passage le plus dur de l’année est du 17 octobre, au retour de Nantes. Elle y écrit ce qu’elle ne nomme jamais autrement que par allusion : « des heurts, des froissements perpétuels, un manque de tact absolu de la part de certaines personnes qui ne craignent pas de blesser… il est dur de se sentir sans cesse méprisée, méconnue ! » Et le bilan de trois ans de mariage : « depuis trois ans j’ai renoncé à tout ce que j’aimais, à toutes les occupations qui m’étaient chères et je me suis donnée de tout mon coeur à ma tâche… ce que j’ai sacrifié, les progrès que j’ai pu faire, cela ne compte pas, ce qui compte, ce sont mes maladresses, mes étourderies. » Le journal ne dit pas qui parle ainsi. Voir les peines secrètes.

Résumés de période

L’hiver, la cuisine et l’opération — janvier à mars

Elle apprend à cuisiner et y prend goût — « j’ai expérimenté pas mal de plats nouveaux, le résultat n’était peut-être pas parfait, mais quelquefois ce n’était pas mauvais » (12 février). L’opération, remise une fois pour cause de grippe de Jacques, a lieu début mars ; elle en revient avec un bras dont elle ne peut se servir pour porter un enfant de bientôt un an. Mars est un mois d’enterrements — quatre en quinze jours, dont celui de sa « vieille amie Victorine » (25 mars). Le 5 avril, Françoise annonce enfin ses fiançailles : « je lui ai envoyé mes félicitations, un peu sèchement peut-être, mais elle m’en a remerciée dans une lettre assez gentille, la mieux que j’aie reçu d’elle depuis trois ans ! »

Les élections — avril et mai

Quatre entrées d’affilée, presque uniquement politiques (15, 17, 22 et 23 avril). La réunion Durand expulsée de la mairie à deux heures cinq ; l’amiral qui écrit aux notables pour Kervenoaël ; Baudry d’Asson payant, dit-elle, un radical pour couper les voix d’un adversaire ; les proclamations qu’elle juge « un tissu de mensonges » et qui « font même parler l’évêque qui ne peut et ne veut prendre parti pour personne ». Le second tour tombe pendant un séjour à Nantes : la famille attend les résultats place Royale devant l’agence Havas jusqu’à minuit, en vain, et Jacques descend acheter le journal au petit matin.

La fausse couche, et l’été des autres — juin et juillet

Après le 4 juin, trois semaines de chambre, puis de chaise longue : « j’ai passé des journées bien longues, bien vides, bien solitaires ». La maison tourne mal — la bonne malade, la remplaçante malade à son tour, sa mère qui prête la sienne. Elle se relève lentement (9 juin), refait de la cuisine, met des petits pois en conserve, reçoit. Le 12 juillet elle note la chaleur — « 25° dans le bureau » — et la Passion de la Verrie, vue avec les Bonnaud, dont elle revient enthousiasmée.

Le grand voyage du Sud-Ouest — fin juillet

Onze jours d’auto sans Jean, laissé aux Sables chez ses grands-parents, racontés d’un trait dans le long bloc daté « Les Sables 7 août » que la transcription rattache à l’entrée du 12 juillet : La Rochelle, Royan, Bordeaux, Arcachon — « ce n’est pas la mer, le vrai large » —, Bayonne, Biarritz et le Rocher de la Vierge, puis Saint-Sébastien, passeports et douane à Hendaye. Ensuite Pau, Lourdes — « nulle part on ne prie comme à Lourdes » —, Gavarnie jusqu’au point de neige et Superbagnères dans les Pyrénées, Toulouse qui la déçoit, Montauban « ville parfaitement insignifiante ». C’est dans le même bloc qu’elle note, en passant, s’être fait couper les cheveux et poser « une ondulation indéfrisable » : « depuis, en suis enchantée ».

Un mois aux Sables — août

Un vrai mois de repos, entrecoupé de peurs : Jean fait une infection intestinale dès l’arrivée (11 août), puis c’est Jacques, resté au Poiré, dont l’entérite ne cède pas (16 août). Entre deux, la plage, les tours de Remblai, et un été de cinéma et de théâtre comme elle n’en a plus eu depuis son mariage : Napoléon en trois séances, La Valse de l’adieu sur Chopin, Féraudy au théâtre — « son jeu a quelque chose de si vrai, si poignant qu’on en est ému jusqu’aux larmes » (24 août). Le 25, les fiançailles officielles de Françoise, célébrées en famille nombreuse.

Le puits, les voyages et la TSF — septembre à décembre

Rentrée le 3 septembre. Andrée Jaffré passe huit jours au Poiré avant de repartir au Canada le 20 octobre (23 septembre). En octobre et novembre, trois journaliers creusent le puits et Andrée fait la cuisine pour tout le monde : « je passe toute ma matinée à faire des grandes marmites de soupe, et de vastes casseroles de ragoût » (21 octobre). Deux voyages en auto ponctuent l’automne, Thouars début novembre — pannes de phares, deux roues à plat — et Le Mans chez Jeanne le 17 novembre. Décembre apporte la TSF, un stylo offert pour sa fête, et un Noël à deux.

Entrées notables

  • 3 janvier — La boule au sein, et la peur d’une opération « si petite soit-elle ».
  • 15 janvier — La première dent de Jean, et une journée de mère racontée heure par heure.
  • 7 mars — « Je suis montée bien sagement sur la table d’opération. »
  • 25 mars — Le berceau démonté : « j’espère que Dieu ne permettra pas qu’ils restent trop longtemps vides ».
  • 15 avril — L’électricité au vote du conseil municipal, et les trois candidats de la circonscription.
  • 17 avril — La réunion électorale expulsée de la mairie à deux heures cinq.
  • 20 mai — Durand élu ; et la varicelle de Jean, découverte le matin d’une séance de photographie.
  • 4 juin — La seconde fausse couche.
  • 12 juillet — Chaleur, la Passion de la Verrie, et, dans le même bloc, le voyage des Pyrénées et les cheveux coupés.
  • 24 août — Un été de cinéma : Napoléon, Chopin, Féraudy.
  • 17 octobre — « Il est dur de se sentir sans cesse méprisée, méconnue. »
  • 21 octobre — Les marmites pour les trois hommes du puits.
  • 17 décembre — La première écoute de la TSF : Werther, capté de Toulouse.
  • 21 décembre — « Peut-être est-ce ce que nous désirons tant… ! »
  • 25 décembre — Noël seule à la messe de minuit, réveillon d’une tasse de thé.