Axe : la société et la politique

Au fil du journal

  • 11 avril 1924 — Seule occurrence du mot dans les trente-huit années du journal. Andrée a vingt-deux ans, elle séjourne à Lyon ; une surprise-partie devait se tenir chez Mme Lévy-Seyevety, qui se décommande, et la fête finit par être abandonnée. L’entrée s’ouvre là-dessus : « Il est écrit que nous ne pourrions fraterniser avec des Juifs, même le jour des Rameaux. » La phrase ne condamne personne : elle enregistre une frontière sociale comme une évidence, et lit son maintien comme un signe du sort.

Ailleurs dans le corpus

Ces passages ne viennent pas du journal mais d’autres textes de la famille. Ils n’ont pas de date d’entrée : ils citent leur document.

  • Juin 1940, l’exode, raconté trente-trois ans plus tard : « Je revois encore un ménage en auto, la femme très élégante, le mari au physique quelque peu –juif, qui déclarait tout net à Jacques : “Avez-vous quelque chose à vendre ? Si c’est une maison, je l’achète, si c’est une propriété d’un million je l’achète aussi !” » Le trait physionomique et le trait d’argent y sont noués : c’est le stéréotype dans sa forme la plus ordinaire, et il tient encore la plume en 1973. — Souvenirs du temps de guerre, Andrée Dugast, 1973
  • Dans la généalogie tenue par sa sœur, un mariage résumé ainsi : « un garçon charmant, qui avait une jolie situation, mais était juif ». Tout est dans le « mais » : la conjonction pose la judéité en réserve, contre le charme et la situation. — Mémoires de tante Canette, chapitre 1, Jacqueline Potier
  • Un autre mariage de la même famille : un médecin « plus ou moins communiste » qui « a épousé une jeune fille juive, fille d’une bijoutière marseillaise, communiste elle aussi ». L’enchaînement (juive, bijoutière, communiste) aligne trois des associations les plus courues de l’époque. — Mémoires de tante Canette, chapitre 2, Jacqueline Potier
  • La seule occurrence du corpus qui ne porte aucun jugement : Marie Pigeaud lit « Le Juif errant » d’Eugène Sue avant d’aller voir la pièce au théâtre. Une lecture de son temps. — Voyage à Paris de Marie Pigeaud