Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.

Résumé de l’année

L’année du retour du corps, et de l’apprentissage du deuil.

Le samedi 17 janvier à dix heures et demie, le cercueil de Jean arrive au Poiré par camion. Andrée en fait le récit trois jours plus tard, en s’excusant d’écrire mal — « je ne peux pas beaucoup écrire, tellement j’ai les nerfs secoués, cependant, je tiens à commencer le plus tôt possible, afin de ne rien oublier de ces journées à la fois douces et déchirantes » (20 janvier). Tout y est : les gendarmes, la classe 47, les rapatriés d’Indochine et les métayers attendant dans la rue ; « un pauvre cercueil de planches épaisses, fait pour supporter un long voyage », descendu par les jeunes gens ; le salon préparé la veille au soir, ce qui avait été « presque une joie… de faire encore quelque chose pour lui » ; quatre cierges, un drap mortuaire, un drapeau tricolore, le fanion des rapatriés épinglé à la tête du cercueil entre les drapeaux des anciens combattants et des mutilés. Deux jours de veille, un défilé ininterrompu, un salon plein jusque dans le couloir pour le chapelet du soir.

Dans la même entrée, un sergent revenu d’Indochine raconte le dernier combat, et Andrée écrit tout, sans rien retrancher : vingt-cinq hommes contre plusieurs centaines, Jean tué au début de l’engagement, retrouvé après le retrait de l’adversaire « couché sur le dos et paraissant dormir, la tête appuyée contre une diguette… le visage très calme, ne paraissant pas s’être débattu, mais le sol, autour de lui, était couvert de sang » ; le corps fouillé, la montre, les lunettes et le revolver pris ; le sergent lui-même blessé qui le charge sur ses épaules, la civière de bambous qui casse plusieurs fois, les rizières traversées de nuit. « Maintenant tout est fini, il n’y a plus rien à attendre, qu’une tombe à visiter… »

Huit jours plus tard, l’entrée du 25 janvier mesure l’après : « le salon a été remis en ordre ; toute trace du court passage de Jean a disparu ; seules les roses, données par tante Madeleine, et qui, jusqu’à lundi étaient restées en bouton, se sont épanouies, bientôt elles seront fanées… » Et une nouvelle peur s’installe, qui ne la quittera plus : « je vis dans une angoisse perpétuelle pour Jacques et pour les autres enfants ».

Le reste de l’année est un retour au travail délibéré. Le 1<sup>er</sup> février : « il faut se reprendre, il faut travailler dans la maison, sortir, me remettre aux réunions d’Action catholique, bien que cela ne me dise pas toujours grand-chose ». Elle répond aux lettres de condoléances par trois par jour, envoie les images-souvenir, reprend les tournées de la Ligue dans les villages — et perd toute patience avec ce qui l’ennuie : « j’ai beaucoup de mal à prendre goût à certains propos tout à fait dénués d’intérêt, aux petits potins et aux petits faits cent fois ressassés ».

Sa santé se dégrade en silence : « le moindre effort musculaire me donne des battements de cœur, je respire mal, ce qui est très pénible ! Migraines aussi parfois ; je voudrais du repos et n’arrive pas à en prendre » (20 décembre).

Noël, cette année-là, est organisé autour de l’absent. Les parents laissent les enfants aller seuls à la messe de minuit pour assister ensemble, le matin, à la grand-messe « dite pour les soldats d’Indochine vivants ou morts ». Dans les souliers, Jacques trouve « des agrandissements de deux photos de Jean, prises pendant sa permission de janvier 48 », qu’Andrée a fait encadrer. L’après-midi, toute la famille porte des camélias blancs au cimetière : « tous ont prié devant la tombe de nos enfants chéris, tous étions réunis comme autrefois, puisque leurs âmes étaient certainement près de nous. Après tous ces sentiments de foi, la journée n’a pas été trop dure à vivre » (Noël 1953).

Résumés de période

L’attente et le retour — janvier

Le 4 janvier montre la vie qui continue au milieu de l’attente : une carte de vœux adressée à Jean par un camarade qui ignore sa mort, à laquelle elle répond elle-même. Le 9, une « journée de repos et de lait » pour tenir. Puis l’arrivée du corps, la veille, les funérailles.

La reprise — février à juin

Réunions de la Ligue dans les villages, conversations qu’elle savoure ailleurs — chez un médecin de campagne dont elle décrit la maison comme un idéal : « de grandes pièces avec des meubles anciens ; un bureau très simple, mais bourré de livres, et une atmosphère qu’on sent pleine de pensée » (1<sup>er</sup> février).

L’automne — octobre à décembre

Les enfants qui restent : Yves et Pierre au collège, Anne à l’école, les filles qui vont et viennent. Une tournée de réunions dans les hameaux, dont elle rentre à pied à la nuit, ramassée en chemin par un voisin en auto (20 décembre).

Entrées notables

  • 4 janvier — Une carte de vœux adressée à un mort.
  • 20 janvier — Le retour du corps, la veillée de deux jours, et le récit du dernier combat par un sergent.
  • 25 janvier — Le salon remis en ordre, et les roses qui s’ouvrent trop tard.
  • 1<sup>er</sup> février — « Il faut se reprendre » ; et l’impatience nouvelle devant les conversations vides.
  • 20 décembre — Le cœur qui bat au moindre effort ; et, dans le même bloc, le Noël des soldats d’Indochine et les photos encadrées.
  • 27 décembre — Une fin d’année en conversations, et le besoin de silence qui revient.