Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.
Résumé de l’année
Une année sans événement majeur — et c’est ce qui la rend intéressante : on y voit enfin, en clair, comment Andrée organise sa vie quand rien ne la bouscule.
Cinq enfants sont dehors : Jean sous les drapeaux en Alsace, à Mutzig puis à l’école des sous-officiers de Strasbourg ; les deux filles pensionnaires à Nantes ; les deux garçons à Richelieu, à La Roche. Reste Anne, cinq ans. La maison se règle sur les cars, les colis et les permissions : « Jean nous a fait la grande surprise de nous arriver le soir du jour de l’An… nous avons pu le voir en uniforme, cela ne lui va pas mal » (4 janvier).
Elle-même, à quarante-six ans, a une vie publique. Réunions cantonales de la Ligue qu’elle préside, invitations de présidentes paroissiales à rédiger, cours donné aux jeunes filles du bourg — qui le lui rendent en l’invitant à déjeuner, avec le curé, autour de gâteaux qu’elles ont faits elles-mêmes (4 janvier). Les jours de foire à La Roche sont ses journées à elle : « je trouve ces journées éreintantes… il y a aussi des compensations : un agréable moment le matin dans le bureau de l’abbé Sacré… la réunion chez Mme Poirier-Coutansais est intéressante et fait du bien » (14 janvier).
Le fil intime de l’année est le besoin de silence, formulé le 4 janvier avec une précision clinique : « la bronchite est mieux, mais hier soir les nerfs ont flanché… j’avais pu tenir jusque-là, parce que j’avais toujours eu un moment de silence et de solitude, mais, depuis trois jours, j’ai toujours eu quelqu’un. » Sa réponse tient en une habitude qu’elle protège comme un bien rare : une promenade quotidienne, seule, « qui me permet de faire un essai de méditation » (28 décembre).
Deux nouveautés entrent dans la maison. Les ruches : l’extraction du miel occupe une journée entière en octobre — « nous n’en avons eu cette année qu’une dizaine de kilos, peut-être en aurons-nous plus l’année prochaine » (13 octobre). Et les Sables redeviennent accessibles : la maison rouvre, on y va pour la journée, et Andrée y retrouve ce qu’elle n’avait plus depuis dix ans — une heure de plage seule pendant que le déjeuner cuit, et un brouillard qui se lève sur la baie « comme un rideau tiré lentement » (27 juin).
L’année se termine par une mission au Poiré, la seconde du corpus après celle de 1934 : douze arcs de triomphe, une procession où les jeunes gens portent le Christ et les hommes la Croix, un froid qui fait battre les semelles pendant le sermon — « la foule n’écoutait guère » —, et un dîner offert aux missionnaires le soir même (28 décembre).
Résumés de période
L’hiver des réunions — janvier à mars
Pâques, la Semaine sainte suivie office par office, la garde-robe des filles inventoriée — « toutes les robes de Geneviève sont trop courtes ! » —, et le tricot fait dans les trains et les cars : « pendant mon voyage à La Haye, dans le train, dans le car, à Angers, j’ai tricoté presque trois caleçons pour Yves » (21 mars).
Le printemps et la kermesse — avril à juin
La kermesse de juin réunit toute la nichée pour un jour, ce qu’Andrée note avec lucidité : « quelle joie d’avoir, pour cette journée du moins, toute la nichée au complet, cela ne se reproduira peut-être pas très souvent désormais » (20 juin). Le défilé, les chars, un tracteur transformé en locomotive dans lequel Jacques fait monter les religieuses ; un dîner à dix heures du soir, « le repas a été très gai », un coucher à minuit et un lever à cinq heures et demie pour expédier les pensionnaires (23 juin).
L’automne, le miel et les visites — septembre à novembre
Une jeune parente en séjour donne prétexte à des promenades qu’Andrée s’accorde rarement : les coteaux, Montorgueil, le vieux chemin de Belleville, une journée aux Sables jusqu’au Puy d’Enfer où « la mer était haute, très forte » (19 octobre). Entre-temps : le fruitier, les manteaux d’hiver commandés, une visite à une malade d’hôpital dont elle ne se remet pas — « depuis je ne fais qu’y penser, et je revois toujours cette pauvre malade dans son lit d’hôpital… trouvant la nuit si longue, si longue ! » (30 décembre).
La mission de Noël — décembre
Crèche préparée par les enfants, matines, réveillon, cadeaux « trouvés dans les souliers », une petite séance de cinéma « surtout à l’intention d’Anne » — et, le lendemain, les arcs de triomphe à finir.
Entrées notables
- 4 janvier — Un fils en uniforme ; et pourquoi les nerfs lâchent quand la solitude manque.
- 14 janvier — Une journée de foire, c’est-à-dire de réunions.
- 18 janvier — Anne, cinq ans, qui décide seule d’aller faire une visite avant l’école.
- 21 mars — Trois caleçons tricotés en voyage.
- 20 juin — « Toute la nichée au complet, cela ne se reproduira peut-être pas très souvent désormais. »
- 23 juin — La kermesse, le petit train, et un dîner à dix heures du soir.
- 27 juin — Le brouillard qui se lève sur la baie des Sables.
- 13 octobre — Dix kilos de miel, désoperculés à la main.
- 17 octobre — Les manteaux d’hiver, et une mère qui commence à compter sa fatigue.
- 28 décembre — La mission, les douze arcs de triomphe, et la promenade-méditation.