Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.
Résumé de l’année
Le voyage de sa vie — quinze jours en car jusqu’à Rome — encadré par une année de grèves, de sécheresse et d’un fils sous les drapeaux.
L’autorisation arrive la veille du départ, après un refus définitif la veille encore (13 juillet) : « contre toute espérance, nous partons à Rome demain matin à trois heures et demie ». Suit le récit le plus long et le plus gai du corpus : deux cars vendéens, une dizaine de prêtres à bord, des messes servies dans les cathédrales de chaque étape, et La Vendéenne chantée à tout propos — à onze heures du soir dans un village ligure pendant qu’on cherche des lits, sur la place Saint-Pierre pour se venger d’avoir été mal placés, à chaque arrêt du retour en agitant les mouchoirs. Une nuit, faute de chambres, la moitié du groupe dort dans les cars et se lave le matin à une petite fontaine : « c’était un spectacle tordant ».
Le dimanche 20 juillet, canonisation à Saint-Pierre — le journal ne nomme pas le saint mais décrit tout le reste : le lever à cinq heures et quart, la basilique illuminée, les gardes suisses, la messe papale. Le lendemain, l’audience pontificale dans la salle des bénédictions, où Andrée n’aperçoit le pape que « un peu » : « toutes les bonnes places étaient prises par des Italiennes et cela nous a mis en fureur » (23 juillet). Elle est aussi la seule à noter une messe ratée aux catacombes — « on nous a fait chanter le Kyrie, le Gloria et le Credo jusqu’au Canon… j’ai eu quelque peine à me recueillir et à prier » (21 juillet). Puis Assise, Venise et ses canaux « plutôt malodorants », le Simplon, la Suisse dont l’accueil l’enchante, et un passage trop rapide devant Le Blanc, « juste le temps de jeter un regard au cimetière » (28 juillet).
Le reste de l’année est plus rude. Jean, vingt ans en mars, part au service militaire et se retrouve en Alsace, au 31e chasseurs à pied : « la nourriture y est un peu plus abondante mais tout aussi mauvaise » (7 décembre). Sa mère lui envoie des colis, des tickets de pain, et suit de loin, par les lettres, une armée qu’on avait décidé de ne plus avoir : « pendant un certain temps, il ne fallait plus d’armée, mais maintenant, on s’aperçoit qu’une armée est tout de même indispensable, alors on remobilise et cela ne va pas mieux ».
Novembre et décembre apportent les grandes grèves. Les trains s’arrêtent, les colis ne circulent plus, « certaines séances de Chambre ont été dramatiques, il y a eu des incidents graves à Nice, à Valence, à Valenciennes » (7 décembre). Andrée y ajoute son analyse : « dans l’ensemble, on se rend compte que les ouvriers veulent travailler et être tranquilles, seulement il y a une propagande intensive, il y a des meneurs et il y a des ordres de Moscou. » Le 30 novembre, elle passe sa journée de fête à deux conférences sur le communisme, dont l’une donnée par un aumônier « prisonnier libéré par les Russes » : « il y a des choses qu’il est nécessaire de dire, de faire entendre et de mettre au point. »
L’année est aussi celle d’une sécheresse dont on parle peu ailleurs : en décembre encore, « la terre est tellement assoiffée que cela ne se connaît pas ; il n’y a pas encore d’eau dans les rivières ; bien des mares et des puits sont encore à sec ».
Résumés de période
Le congrès de Paris — mars
Un voyage seule, en train, avec escale au Mans chez une amie de pensionnat, pour le congrès de la Ligue féminine d’action catholique (16 mars). Le trajet est une aventure — départ du Poiré à cinq heures, une vitre qui ferme mal et « j’ai été arrosée de suie » — et le séjour se double d’une inquiétude : une tante hospitalisée à Paris, dont l’état est jugé grave. Jean a vingt ans le même jour.
Le voyage — juillet
Quinze jours, six pays traversés, des étapes de seize heures, une chaleur écrasante et une bonne humeur qui ne se dément jamais : « pas de soucis, rien qu’à se laisser vivre et, par moments, on s’amuse ferme » (23 juillet).
La rentrée et les grèves — octobre à décembre
Les tricots reprennent — moufles jacquard « très joli, mais qui prend beaucoup de travail », chandails retaillés, chaussettes —, la Ligue occupe des réunions cantonales qu’elle préside elle-même, et les lectures s’élargissent : Guy de Larigaudie, la Bible lue en parallèle avec Daniel-Rops, « et cela prend un relief saisissant, les patriarches semblent très près de nous, des êtres de chair et de sang comme nous, et non des images lointaines » (23 novembre). Le 14 décembre, elle préside une réunion aux Lucs avec 38° de fièvre.
Entrées notables
- 16 mars — Départ seule pour Paris ; et les vingt ans de Jean.
- 13 juillet — L’autorisation qui arrive la veille du départ.
- 21 juillet — Rome : les catacombes, et une messe qu’elle juge gâchée.
- 23 juillet — L’audience pontificale, la bousculade, et La Vendéenne chantée place Saint-Pierre.
- 24 juillet — Assise, et la sortie de Rome à sept heures du matin.
- 28 juillet — Venise, le Simplon, la Suisse, et le retour à minuit.
- 23 novembre — Lire la Bible et Daniel-Rops ensemble.
- 30 novembre — Sa fête passée à deux conférences sur le communisme.
- 7 décembre — Les grèves, l’armée qu’on remobilise, et un fils en Alsace.
- 14 décembre — Une réunion présidée à 38° de fièvre.