Où se trouve Andrée, date après date, de 1917 à 1954. La carte ne porte que ses déplacements à elle : les lieux qu’elle nomme sans les voir n’y figurent pas. Faites glisser le curseur, ou lancez la lecture, pour parcourir les trente-huit années.
Pendant la guerre, Andrée ne quitte pas la Vendée. Ses déplacements de 1917 et 1918 tiennent dans un triangle de quarante kilomètres — Le Poiré, les Sables-d’Olonne, Chavagnes — auquel s’ajoute La Roche-sur-Yon le jour de son brevet.
Ce que la carte ne montre pas compte tout autant. Verdun, Craonne, l’Yser, les Flandres, la Marne : la liste des batailles qu’Andrée récite de mémoire le 2 août 1917, trois ans jour pour jour après la mobilisation. Sedan, où Edmond Chailloux a disparu en 1914. Poelkapelle, où Guynemer s’abîme le 11 septembre — elle en entend la rumeur le 14, la confirmation le 30. Ni les voyages des siens : celui de sa mère à Giromagny en 1917, six cent quarante kilomètres au chevet de Lucie, ou celui, sans retour, de son fils Jean vers Hanoï. Le journal en parle ; ses pieds n’y sont pas allés.
Ces lieux-là ont désormais leur carte. La carte des guerres réunit les cinquante endroits que le journal nomme sans qu’Andrée s’y rende, de Verdun à Diên Biên Phu, et donne pour chacun sa distance au Poiré : c’est la portée de ce qu’on entend depuis un bourg de Vendée, de 1917 à 1954.
Puis la paix rouvre la carte. En septembre 1919, la famille descend jusqu’à Lourdes et dans les Pyrénées — le train déraille en chemin. Un mois plus tard, Andrée monte seule à Paris pour la première fois, douze heures de train, une semaine de musées et de cousins. En quatre ans, sa géographie passe de quarante kilomètres à toute la France.
Elle ne se referme plus. L’Alsace en 1922, Lyon deux printemps de suite, la Touraine et la Bretagne dans les années trente ; puis, après la guerre, Rome en car pour la canonisation de Montfort en 1947, Brides-les-Bains pour la cure, et Saint-Jacques-de-Compostelle en septembre 1954 — le point le plus lointain du journal, atteint dans sa dernière année.