Dossier — 1917-1919
Andrée a quinze ans quand elle ouvre son cahier, en juillet 1917. La guerre y entre par le communiqué du matin, lu à voix haute, et par les noms de bataille qu’elle récite de mémoire le 2 août : « la Marne, l’Yser, la bataille des Flandres, Verdun et Craonne ». Aucun de ces lieux, elle ne le verra. C’est une guerre entendue, pas une guerre vue. Sa valeur de source vient de là.
Il faut se rappeler que les années 1917-1919 sont, de l’aveu d’Andrée elle-même, une seconde rédaction : elle a recopié ces cahiers en coupant, comme elle l’écrit le 18 février 1940. Ce qu’on lit ici est un souvenir remis au net, non un journal tenu au jour le jour.
Les épisodes
Reconstitués entrée par entrée dans les fiches d’événements.
- Disparition de l’aviateur Guynemer — 14 septembre 1917 – 30 septembre 1917 (guerre)
- La grippe espagnole — 19 juillet 1918 – 13 novembre 1918 (maladie)
- L’Armistice — 29 octobre 1918 – 17 novembre 1918 (guerre)
- La signature de la Paix — 28 juin 1919 (guerre)
- Les obsèques du maréchal Foch — 24 mars 1929 – 4 mai 1929 (autre)
La géographie
Les lieux que le journal nomme sans qu’Andrée s’y rende. La distance est celle qui les sépare du Poiré-sur-Vie.
- Craonne — 490 km — Dernière bataille de sa liste, la plus récente : l’offensive du Chemin des Dames, au printemps de cette même année 1917. — 2 août 1917
- Les Flandres (situation approchée) — 560 km — « La bataille des Flandres », dans l’énumération du 2 août. — 2 août 1917
- La Marne (situation approchée) — 410 km — Première bataille de la liste qu’Andrée récite de mémoire, trois ans après la mobilisation. — 2 août 1917
- Verdun — 580 km — Citée par Andrée dans la liste des batailles traversées depuis 1914 : « après la Marne, l’Yser, la bataille des Flandres, Verdun et Craonne ». — 2 août 1917
- L’Yser (situation approchée) — 570 km — Citée dans la même énumération. Le fleuve est en Belgique : la géographie de la guerre déborde la France. — 2 août 1917
- Sedan — 580 km — Edmond Chailloux y a disparu en août 1914. La famille y pense à l’enterrement de son jeune frère, trois ans plus tard. — 17 septembre 1917
- Giromagny — 640 km — Six cent quarante kilomètres au chevet de Lucie, à deux pas du front d’Alsace. Andrée note ce que voyager en guerre veut dire : « la difficulté d’obtenir des passeports », et « il est possible qu’on l’arrête en route pour ses papiers ». — 18 septembre 1917
- Poelkapelle — 560 km — L’aviateur Guynemer y disparaît le 11 septembre. Andrée en entend la rumeur le 14, la confirmation le 30. Deux semaines pour qu’une nouvelle nationale atteigne la Vendée. — 30 septembre 1917
- Soissons — 460 km — « Le communiqué est très bon ce matin, nous avons pris Soissons et Ville en Tardenois, peut-être est-ce grâce à nos prières… » La reconquête, lue chaque matin dans le communiqué. — 3 août 1918
- Fismes — 480 km — « Communiqué très bon ce matin, nous avons repassé la Vesle et pris Fismes. » Andrée suit l’avance au nom de village près. — 5 août 1918
- Vladivostok — 9 020 km — « Les Japonais arrivent à Vladivostotock et Clémenceau se déclare content. » Le même communiqué qui donne Fismes donne la Sibérie : la guerre d’une lycéenne de Vendée est déjà mondiale. — 5 août 1918
- Zeebruges — 610 km — « Très bon communiqué, Rerbruge est pris et la côte belge entièrement libérée. » Andrée écrit « Rerbruge » : elle entend le nom sans l’avoir jamais lu. La graphie est conservée telle quelle dans le texte. — 22 octobre 1918
- Vienne — 1 350 km — La capitulation autrichienne arrive au Poiré par un télégramme privé, glissé dans le courrier de son père : « Bonne nouvelle, l’Autriche capitule et accepte nos conditions », « une attention de Marie Guesdon qui venait d’apprendre la nouvelle ». — 29 octobre 1918
- Maubeuge — 560 km — Le 11 novembre, ce qu’Andrée sait de la veille : « l’abdication du Keiser et sa fuite pour la Hollande, ainsi que la prise de Maubeuge, Avesnes, Tournai et Hirson ». Elle écrit « Keiser » ; la graphie est conservée. — 11 novembre 1918
- Strasbourg — 720 km — Le Te Deum de la Victoire chanté au Poiré le 17 novembre, tandis que l’Alsace redevient française. Andrée y voyagera quatre ans plus tard, en 1922, son premier voyage vers un lieu de la guerre. — 17 novembre 1918
Au fil du journal
La Grande Guerre porte les 11 faits datés retenus pour ce conflit, dans l’ordre du temps, chacun renvoyant à l’entrée qui l’atteste.
La carte des guerres réunit ces lieux avec ceux des trois autres conflits, sur une seule carte parcourable de 1917 à 1954.