Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.
Résumé de l’année
L’année où Jean est tué en Indochine.
Le premier semestre est fait d’attente : les lettres qui mettent quinze jours, les colis numérotés « secteur 70.662 », les mois comptés depuis le dernier baiser — « il y a eu, avant-hier, sept mois que j’ai embrassé mon grand chéri, près du “bus” qui l’emmenait de Brides » (17 février). Puis, le 23 mai, un déjeuner ordinaire, un coup de téléphone, et tout bascule. Le récit, écrit trois jours après, est l’un des sommets du journal (26 mai) : « nous avons déjeuné comme d’habitude, le dernier repas heureux… Jacques et moi allons tous deux dans le salon, devant la photo de notre grand chéri, et nous essayons, appuyés l’un sur l’autre, d’accepter le sacrifice si grand soit-il. » Suivent des heures d’attente avant que des parents venus en voiture confirment la nouvelle : « je me demande comment nous avons pu vivre des heures pareilles, à découvrir peu à peu, à réaliser peu à peu l’étendue de notre malheur ».
C’est aussi la page où la transcriptrice s’est glissée dans le texte de sa mère. À l’endroit où Andrée écrit que ses deux filles ont un immense chagrin, une parenthèse ajoute, cinquante ans plus tard : « (et moi, on m’a expédiée à l’école, toute chamboulée, éperdue, pleurant… !) » — Anne avait neuf ans. Trois lignes plus loin, là où sa mère hésite entre le 14 et le 15 mai, la même main tranche : « (le 14 effectivement) ».
Le 5 juin, une lettre de son capitaine apporte les détails et Andrée les recopie mot pour mot dans son cahier, citations à l’ordre de l’armée comprises : « le lieutenant Dugast… est mort à la tête de sa compagnie… Le 14 mai à 18 heures. Pris en embuscade par un ennemi numériquement supérieur, il a été tué sur le coup, par balle, le projectile touchant la région du cœur ». Elle tenait à ce que ces textes soient là : « je tiens à les transcrire ici ».
Le service au Poiré, le 30 mai, rassemble une foule que le bourg n’avait jamais vue — « on m’a parlé de plus de quinze cents personnes », trente-trois prêtres dans le chœur, les sociétés d’anciens combattants et de prisonniers avec leurs drapeaux, un catafalque couvert d’un drapeau tricolore (8 juin). Andrée, elle, n’a pas eu « le courage d’aller à la messe de communion et de voir des parents heureux accompagner leur enfant à la Sainte Table ».
Le second semestre est celui d’un deuil sans tombe. À la Toussaint : « cet après-midi, procession au cimetière, prié sur la tombe du petit Bernard… Mais notre Jean bien-aimé, nous ne savons où il est, nous n’avons même pas la consolation de fleurir sa tombe » (2 novembre). Le corps est finalement rapatrié : le 17 décembre, le Kerguelen est à Djibouti et Andrée suit la traversée sur la carte — « il va maintenant entreprendre cette traversée de la mer Rouge, qui fut si dure, en août 51, à cause de la chaleur. Maintenant Jean ne souffre plus de rien. » Le 28 décembre, le bateau accoste : « le corps de notre cher petit est en ce moment sur la terre de France… Je suis complètement démolie et je sens chez Jacques une telle souffrance ! »
Entre les deux, la vie continue et le journal ne le cache pas : les réunions de la Ligue, les confitures, un fils admissible à son examen — « c’est notre première joie depuis la mort de Jean » (28 septembre) —, une retraite suivie à Chaillé, des brioches distribuées, une grand-messe de Noël choisie parce qu’elle « était dite pour les soldats d’Indochine ».
Résumés de période
L’attente — janvier à mai
Voyage à Paris, réunions à la Genétouze, colis et lettres. Le 17 mars, l’anniversaire de Jean : « le jour le plus heureux de ma vie ; j’aurais bien voulu embrasser mon grand chéri » — et, le même après-midi, un conseil de révision où l’on reçoit le préfet et les maires du canton.
Le deuil — mai à août
Le service, les visites qui ne s’arrêtent pas, les lettres à répondre en plusieurs fois parce que « je n’arrive pas toujours à former mes lettres ». Elle continue à faire des confitures et à recevoir : « il faut vivre quand même » (8 juin).
Le retour du corps — novembre et décembre
Une Toussaint sans tombe, l’annonce d’un rapatriement, un Noël que rien n’allège : « la journée la plus dure que j’ai connue depuis longtemps, et encore, je prie Dieu de ne jamais en connaître de pires ! » (Noël 1952).
Entrées notables
- 17 février — Les mois comptés depuis le départ, et le numéro de secteur postal.
- 17 mars — L’anniversaire de Jean : « le jour le plus heureux de ma vie ».
- 26 mai — « Le dernier repas heureux » : le récit du 23 mai, heure par heure.
- 5 juin — La lettre du capitaine et les citations, recopiées mot pour mot.
- 8 juin — Le service au Poiré, quinze cents personnes, trente-trois prêtres.
- 28 septembre — « Notre première joie depuis la mort de Jean. »
- 2 novembre — Une Toussaint sans tombe à fleurir.
- 17 décembre — Le Kerguelen à Djibouti.
- 28 décembre — Le corps débarqué à Marseille ; et, dans le même bloc, le Noël le plus dur.