Le chapitre des parents : « mes parents se sont donc mariés le 17 septembre 1901. Et le 10 septembre 1902, ma sœur Andrée est née, un beau bébé de six à sept livres. » C’est la seule source du corpus qui donne la date de naissance d’Andrée — le journal, lui, ne la dit jamais.

Texte recopié tel quel, sans correction d’orthographe ni de ponctuation.


CHAPITRE III

Histoire de la famille POTIER – PIGEAUD.

La famille Potier-Pigeaud, c’est-à-dire : mes parents, ma sœur Andrée et moi.

Mes parents se sont donc mariés le 17 septembre 1901.

Et le 10 septembre 1902, ma sœur Andrée est née, un beau bébé de six à sept livres, et elle s’est élevée sans problème.

Quant à moi, Jacqueline, je suis née le 19 juin 1904 et je ne pesais que trois livres. Il faut dire que mon grand-père paternel était mort en mars 1904 et mon grand-père maternel était mort en mai 1904, et ma pauvre mère avait tenu à assister aux deux obsèques ; elle a dû être bouleversée et je suis née plus tôt que prévu. Heureusement il faisait chaud, donc on ne m’a pas mis de ouate et on a pu m’élever quand même. Quoique certaines personnes, comme Mme Lucas, disaient que je ne pouvais pas vivre, étant donné ma maigreur. J’ai maintenant 90 ans et je me porte très bien.

Il faut ajouter que mes parents ont eu deux jumelles en 1909, mortes à leur naissance.

Mes parents nous ont très choyés, ma sœur et moi. Nous nous promenions dans le jardin et la cour devant. Nous jouions beaucoup avec nos cousines Marguerite et Charlotte Potier et aussi avec Marie-Angèle Chailloux. Nous jouions à la balançoire, au croquet… et avec Marie-Angèle, nous faisions un roman. Ma sœur et moi faisions le texte et Marie-Angèle faisait les images, car elle avait un vrai talent pour le dessin.

Quant il s’est agi d’aller à l’école, mes parents ont tenu à nous envoyer à l’école laïque. Il faut dire qu’à cette époque, il y avait à l’école laïque une directrice remarquable, Melle Chalard, tandis qu’à l’école libre, les sœurs de Mormaison qui la dirigeaient avaient peut-être leur brevet élémentaire, mais peut-être aucun diplôme n’ayant pas d’argent pour faire de longues études.

A l’école laïque, en plus de Melle Chalard, il y avait une adjointe assez quelconque, Melle Mallet, mais à l’école maternelle, Melle Coulon était remarquable. C’est elle qui nous a appris à lire, elle faisait dire la prière avant sa classe, et nous faisait faire des dessins sur carton, avec de la laine et des aiguilles. Je me souviens d’un papillon que j’ai fait et il était très joli puisqu’on l’a collé au mur dans la classe.

Quand mes parents allaient « aux eaux », car mon père avait de fréquents maux de gorge, ma mère nous conduisait au Blanc, chez ma grand’mère. Il faut dire que ma mère, était la préférée de sa mère, et moi qui ressemblait, paraît-il, tant à mon grand-père, j’étais sa préférée, avec mon cousin Henri. Henri parce que c’était l’aîné de ses petits-fils et l’aîné des nombreuses cousines car ma grand’mère a eu deux petits-fils seulement pour quinze petites filles. Aussi nous adorions aller au Blanc, ma grand’mère faisait tout ce que je voulais, elle me donnait toujours raison, même quand j’avais tort !

Nous allions certains étés, aux Sables d’Olonne, je me souviens d’un été où j’avais trois ans. Je barbotais dans les flaques d’eau, nous faisions des pâtés de sable. Ma mère avait un handicap, l’été elle ne pouvait pas transpirer, c’était très gênant pour elle. Je me souviens d’une fois où nous étions allés aux Sables pour voir les premiers avions qui évoluaient sur la plage, elle a failli perdre connaissance. Nous avons pu la traîner, probablement avec d’autres estivants, car mon père, ma sœur et moi, n’en aurions pas eu la force, jusqu’au Pierrot-Gourmand. Là, elle a pris un verre d’eau, a pu se mettre dans un fauteuil et a dormi jusqu’à ce que nous venions la chercher pour la ramener au Poiré. Le lendemain, elle était de nouveau attentive et vaillante.

En 1909, notre tante Marguerite nous a entraînés avec ses trois filles à Saint-Gilles où nous avons loué une villa en commun. Mais tante Marguerite et ses filles ont pris les meilleures chambres. Celles qui nous restaient étaient bien suffisantes pour nous. Pendant ce séjour, l’oncle Iehl est mort à Giromagny où il était avec sa famille en vacances. Maman est aussitôt partie là-bas, elle y a retrouvé ses frères et après l’enterrement, elle a ramené à Saint-Gilles tante Denise et Lucie. Il devait y avoir une chambre restante… Puis, après les vacances, tante Denise et Lucie sont venues au Poiré avec nous et ont passé l’hiver au Poiré.

C’est pendant ce séjour que s’est passée une anecdote en soi peu importante, mais on en a tellement parlé que je la raconte. Mon père qui s’occupait d’élevage, et avait même une « borderie » près de la maison, allait, soit dans le Charolais avec son frère et quelques amis chercher des bœufs charolais réputés pour la viande, soit avec son frère toujours, acheter en Normandie des vaches pour le lait. Or, un jour, il va dans la Manche, à Quetehou, chez un éleveur réputé et achète une jolie vache. L’éleveur en a été si content qu’il a donné à chacun de mon père et son frère, une énorme motte de beurre, pesant chacune au moins de dix kilos (ma mère a pu en envoyer à sa mère). Or la vache attendait un veau, et quand il est né, on l’a baptisé Quetehou bien sûr. Et je me suis mise (j’avais 5 ans, je crois) à aimer éperdument ce veau. J’allais après la classe, lui porter un sucre, un bout de chocolat, tout ce que j’avais. Or un soir, on m’a dit de ne pas aller voir Quetehou. Je n’ai pas demandé pourquoi, et je me suis mise sans doute à jouer avec Andrée. Or le lendemain, au déjeuner, on apporte une superbe tête de veau, et Lucie de s’écrier, en me regardant, « Regarde la tête de Quetehou ! ». Je me suis mise à sangloter tellement que maman m’a emmenée me coucher, non sans avoir dit à Lucie « Tu es une méchante ! ». C’est la seule fois où elle a grondé Lucie.

Pendant les vacances, j’aimais beaucoup jouer au volant avec Henri et nous étions devenus très forts. Aux Sables, nous jouions pendant plusieurs heures et on se renvoyait la balle au moins 500 fois.

Puis nous sommes allées à l’école, et là je me suis mise à aimer l’étude, il faut dire que j’avais beaucoup de mémoire. Mme Coulon m’a enchantée, Melle Mallet un peu moins, mais Melle Chalard qui était une institutrice remarquable, s’est attachée à ma sœur et à moi. J’ai passé mon certificat d’étude ; j’ai eu des notes remarquables en arithmétique, en grammaire, en tout… mais j’ai raté une boutonnière complètement. N’empêche que j’ai été reçue la première du canton, avec félicitations des examinateurs, et que Melle Chalard proclamait partout « Elle a pourtant raté sa boutonnière ! ».

Puis le temps a passé, et la guerre de 1914 est arrivée. Ma mère s’est mise à la disposition de la Croix-Rouge et mon père est allé à la Roche dire qu’il était prêt à faire du ravitaillement pour les soldats. Puis la tante Victor Potier qui était propriétaire du Parc, a dit qu’elle mettait le Parc à la disposition des blessés. Je me souviens de l’arrivée des premiers blessés, à la gare du Poiré. C’étaient des blessés plutôt légers, qui avaient soit un bras cassé, soit une jambe avec une béquille. Ils ont été bien dans le Parc. Il y avait une infirmière et les médecins du Poiré les soignaient. Mais quand ils ont été mieux, ils se sont mis à courir les filles et on a raconté que la nuit, M. Dorion et l’oncle Chailloux couraient après eux pour les faire rentrer. L’une qui passait pour une petite amie d’un russe nommé Maxime était Marie Guesdon, la fille de la tante Guesdon. Je me souviens d’une séance récréative qui était au café Courgeon où les blessés faisaient tout, les uns chantaient des chansons, les autres récitaient des vers, et Maxime nous a dansé une danse russe remarquable. Et la tante Guesdon de s’exclamer « C’est beau l’alliance de la France et de la Russie ! ».

La guerre s’est terminé en novembre 1918 et je me souviens de la joie des Français, ils arboraient tous des drapeaux.

Mais mes parents avaient tenus à ce que nous ayons une éducation religieuse et voulaient que nous ayons notre brevet élémentaire qui était le comble de l’instruction pour les petites bourgeoises que nous étions, aussi ils nous avaient mises en pension à Nantes, chez les Ursulines de Jésus, à Chavagnes, au coin du Boulevard Guist’hau et de la rue Mondésir. Ma sœur s’y est beaucoup plu, moi beaucoup moins. Je me suis fait cependant une amie Françoise Forgeau, fille d’un notaire des Herbiers et nièce de M. Billon, grand ami d’oncle Abel et de papa. Je l’ai conservée comme amie jusqu’à sa mort.

J’ai donc passé quatre ans au pensionnat. Et dans les classes où je suis allée, j’étais toujours la première, grâce à ma prodigieuse mémoire. Je me souviens quand j’étais en première, avec comme professeur Melle Marie Gruet, remarquable, elle me disait « Je suis obligée de vous donner la place de première, car je ne peux pas ne pas vous mettre 18 ou 19, mais vous ne les méritez pas, car vous ne faites pas d’effort ! ». Le mieux, c’était que c’était vrai. Je lisais un texte d’histoire par exemple, une seule fois, et le lendemain je le récitais textuellement. Cette demoiselle avait pris un jour mon livre d’histoire, et elle a constaté elle-même le résultat.

J’étais toujours la première au concours de Pâques, aux Prix j’avais tous les prix possibles. Il n’y a qu’au brevet où ça été moins bien. J’étais nulle en chimie. J’ai donc eu 18 ou 19 à toutes les autres branches, mais après l’épreuve de chimie où je n’avais pas répondu, l’examinateur m’a fait appelé et m’a dit « Vous mériteriez zéro, mais vu vos autres notes, je vous mets 2 pour que vous ne soyiez pas refusée ».

Après, la Directrice de Chavagnes m’a fait venir et m’a dit « Vous devriez tenter le bachot ». Mais comme j’étais nulle en chimie et en anglais, j’ai répondu que je ne m’en sentais pas capable. Et je suis rentrée au Poiré où mes parents et ma sœur ont été bien contents de me voir revenir.

Il faut dire aussi que j’étais très forte en musique, je faisais du violon, mais surtout du piano avec le professeur de la pension Mme Houdebine pour le violon, et en piano sa mère Mme Legeay. Je suis retourné à Nantes une fois par semaine pour les leçons et ensuite je suis allée à Paris chez tante Denise Raymond, et là j’ai pris des leçons avec une demoiselle Fitemann qui m’a fait beaucoup progresser. Ensuite je suis retournée au Poiré, je faisais de la musique avec Andrée, elle au violon où elle était plus forte que moi, et moi au piano. Nous avons joué des morceaux d’Haydn, de Mozart, de Beethoven, etc…

Nous allions aussi passer des après-midi chez les Gendreau, des personnes très gentilles qui avaient deux filles et un fils, lequel fils est devenu médecin cardiologue à Nantes et a épousé ma cousine Françoise Pigeaud. L’aînée des filles, Armande, était plus âgée que nous et restait davantage avec ses parents. L’autre, Berthe, étant de l’âge de ma cousine Marguerite, jouait avec nous ; nous allions à l’école ensemble. Nous aimions bien aller chez elle où on goûtait avec de la confiture de cerises, chose que nous n’avions pas chez nous, parce que les cerisiers n’y poussaient pas.

Nous jouions aussi avec Suzanne Jousset, dont le père était agent voyer, très gentil, mais devenu veuf, il s’est remarié avec Adèle Barreteau, des environs du Poiré, une mégère qui a rendu si malheureuse la fille du premier mariage qu’elle a dû quitter le Poiré et aller vivre ailleurs. Elle a par la suite épousé un musicien de l’orchestre monégasque et a vécu là-bas. Cette Mme Barreteau, en plus de sa méchanceté, buvait. Son mari s’en était aperçu et fermait la porte de la cave, et donnait la clé à une petite bonne en lui disant « Tu la gardes et ne la donnes à personne ! ». Et bien, elle trouvait le moyen d’y rentrer quand même.

Cette Suzanne Jousset, très gentille, avait un frère Charles qui s’est très bien marié. Il a épousé une demoiselle Rouillé et a eu une fille. Malheureusement, sa femme est morte jeune d’un cancer. Quant à Suzanne, elle a épousé un M. Meaume, magistrat à la Roche, a eu trois enfants, un fils et deux filles, mais elle s’est mise à boire comme sa mère et est morte assez jeune. Quant aux enfants, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Ils ont continué à voir les Gendreau et Charles est mort lui aussi.

Nous avions comme autres amis, ma cousine Angèle Chailloux et aussi les deux frères Yvernogeau, et aussi Lucien Logeais, les neveux de tante Abel. Aussi nous ne nous ennuyons pas.

En 1920, Armande Gendreau s’est mariée avec Ferdinand Brachet qui était aussi notre cousin, mais aussi le cousin d’Armande. Nous avons tous été invités et nous sommes allées, maman, Andrée et moi à Nantes choisir les robes. C’était le premier mariage où nous allions, aussi nous nous sommes bien amusées.

Mon père et son frère, après avoir acheté chacun une de Dion-Bouton, qui était, je crois, le première marque française d’automobile, ont acheté aussi un marais pas loin des Sables, à l’Ile d’Olonne, et là ils invitaient tous leurs amis qui venaient bien sûr manger les meuilles (mulets) et les anguilles que la mère Friconneau faisait cuire, arrosés d’un bon vin blanc du pays. Et là, les messieurs chantaient, récitaient des monologues. Je me souviens d’une fois où l’oncle Alfred Pigeaud avait amené des amis de Poitiers, les Chifflot, un monsieur et son (ou ses) fils. Ils étaient tous très gais, oncle Alfred récitait un monologue avec les gestes qu’il fallait, c’était à mourir de rire !

Je me souviens aussi des déjeuners sur l’herbe dans les pins, du côté de Jard sur Mer, invités par les Lucas, il y avait là tout le gratin du Poiré, et aussi le ménage Roux, récemment venus au Poiré comme Directeur d’enregistrement. Ils habitaient au dessus de la gare, très gentils, ils avaient deux enfants et nous emmenions les garçons à l’école. C’étaient des protestants convaincus, maman les voyait souvent. Donc ces déjeuners étaient très bons, très copieux, et après certains s’étendaient sur l’herbe pour faire un somme. Quant à nous, nous jouions avec nos amis habituels.

Mais le temps passe, et nous voici en 1921, nous étions un jour dans la cour devant la maison et nous voyons passer sur la route, un monsieur, une dame et leur fils. La dame très très maigre et le fils pas très joli. Ma sœur dit « Ce sont les Mignen de Legé ». Elle les avait vus je ne sais où. Nous sommes allées dans la rue et là, on les a vus rentrer chez tante Abel. Ils venaient demander Marguerite en mariage pour leur fils.

Le lendemain, tante Abel et Marguerite viennent à la maison et disent « Je ne sais pas quoi faire ! Faut-il que je dise oui ou non ? ». Il faut dire que papa, depuis que son frère était mort, les conseillait beaucoup. Papa lui répond « Réfléchis bien, ce n’est pas à moi de te conseiller, fais ce que tu voudras ». Alors Marguerite a dit oui et le jeune Samuel est venu souvent au Poiré pour voir Marguerite. Mais un jour, tante Abel revoit un cousin, Louis Mignen, pas cousin de Samuel mais de tante Abel, qui lui dit « C’est très bien, mais est-il chrétien ? ». Ce cousin était prêtre et professeur au Séminaire de Luçon. Marguerite et sa mère réfléchissent et se disent « Il n’est pas chrétien, il ne va pas à la messe ». Les voilà toutes les deux, qui reviennent à la maison, c’était de bonne heure, papa était encore au lit, et lui disent « Je ne me marie plus, c’est un mécréant ! ». Papa demande des explications et Marguerite lui dit « J’ai même fait une lettre de rupture ! ». Papa lui dit « Montre-là moi ». Marguerite la donne à papa et papa lui dit « C’est une lettre trop injurieuse pour qu’on l’envoie. Je vais en faire une autre que je lui enverrai ». Papa a donc fait une lettre beaucoup plus douce où il disait que Marguerite s’était emballée, mais qu’il ne fallait pas en tenir compte ! Le lendemain, dans l’après-midi, Marguerite a vu arriver Samuel Mignen qui s’est jeté à ses genoux et lui disant « Je vous aime ! J’irai à la messe si vous le voulez et je ferai tout pour vous plaire ! ». Elle a dit oui, bien sûr, et ils se sont embrassés. Le lendemain, elle vient le dire à papa qui lui dit « C’est très bien ». Il prend son auto, va chez M. Yvernogeau qui était un frère de tante Abel et il lui raconte l’histoire. Et tous deux ont conclu qu’il fallait les marier vite. Aussi les fiançailles ont eu lieu à Noël 1921 et le mariage le 31 janvier 1922, jour anniversaire de Marguerite qui avait 22 ans ce jour-là. Nous ne nous sommes jamais tant amusés qu’à ce mariage. Marguerite était très amie avec Françoise, la fille d’oncle Alfred, aussi elle l’a invitée avec Henri à son mariage, elle a invité aussi les Gendreau, Alexis Gourraud de Vieillevigne, des cousins de son mari et je ne sais plus qui. On a dansé pendant trois jours, chez les Gendreau ou chez nous, grâce à un phonographe que possédaient les Gendreau.

Revenons maintenant quelques années avant, car je veux parler des amis de papa. Ils étaient assez nombreux : il y avait d’abord, le cher ami Léon Boisseau, charmant homme qui était, je crois, percepteur de la ville de Challans. Il avait épousé sa cousine germaine et ils ont eu un fils, Pierre, qui malheureusement n’était pas très normal. Il a pu cependant avoir une situation et a épousé mon amie Françoise Forgeau qui, la pauvre, n’était pas heureuse aux Herbiers avec un père sévère et une grand’mère pas commode non plus, si bien qu’elle a accepté le premier candidat qui s’est présenté. Cela a été une catastrophe, dès le premier soir du mariage, il lui a fait une scène idiote. Ils ont eu deux fils, Jacques et Michel, qui ont épousé les deux sœurs, Yvette et Renée Cesbron, de la famille Cacaud-Gendreau, cousin de tous les Gendreau du Poiré (et aussi de Françoise Dugast, ma nièce). Les deux ménages ont bien marché pendant un certain temps. (il faut dire qu’entre temps, Pierre, le père, avait laissé sa femme pour aller vivre avec une crémière). Puis je ne sais pourquoi, Jacques a fait de la neurasthénie et a fini par se pendre. Sa femme vit, je crois, dans le midi. Quant au ménage Michel et Renée : Michel a eu une belle situation dans l’électricité, ils ont adopté un enfant. Michel est maintenant en retraite, ils vivent à la Flocellière, pays du père de Renée, et cela va très bien.

Léon Boisseau venait souvent à la maison. Il avait hérité d’une tante, Mme Giboteau qui habitait le Poiré. Léon Boisseau a vendu la ferme, mais a gardé une vigne, et il venait tous les ans pour les vendanges. Il logeait bien entendu, à la maison et c’était réjouissance pour papa et pour lui.

Il y avait un autre ami, M. Coumailleau qui était percepteur au Poiré. Il était célibataire et vivait avec une vieille bonne très capable. Il venait souvent à la maison et avait même emmené papa passer huit jours sur la Côte d’Azur ! Il a été ensuite nommé à Pouzauges et nous invitait quelques fois à déjeuner. C’était une fête pour nous, car sa bonne était très bonne cuisinière et le pâtissier de Pouzauges faisait de très bons gâteaux.

Un autre ami de papa était M. Roch Alcime qui était très bien aussi avec oncle Abel et Eugène Porteau qui allait quelquefois passer huit jours à Laurière, château près de St Denis la Chevasse, où il habitait avec sa femme et ses trois enfants. Papa et maman, voyaient aussi sa sœur Mme Deshayes qui habitait pas loin de St Denis, au Breuil. Cette dame n’a pas eu de chance, son mari est parti avec une autre femme, son fils aîné a été tué à la guerre, et son autre fils n’a rien fait de bien. Il a fini par se marier avec sa bonne. Pour en revenir à M. Roch, nous les avions perdus de vue, mais son petit-fils, Jean, bon chirurgien à la Roche, s’est marié avec Mlle Laffiché, très amie de ma cousine Caty.

Il y avait aussi M. Herbert, des Sables, mais moins intime. Mes parents avaient acheté une maison aux Sables en 1916, et nous aimions beaucoup y aller. Papa allait jouer tous les après-midi, vers cinq heures, au bridge, au Café de la Plage, et il y avait fait beaucoup de connaissances. C’est là que M. Herbert lui dit un jour « Viens dans l’après-midi de tel jour, nous boirons du champagne avec Edouard Herriot, président du Conseil, (qui était, comme tous ces messieurs, ancien élève du lycée de la Roche), je l’ai invité. Papa y est allé, il y avait là plusieurs personnes, et cela a été très gai. N’empêche que tante Abel a dit à papa à notre retour au Poiré « Comment, Victor, vous vous affichez avec cet Herriot qui est antireligieux et contre les propriétaires ! ».

J’en ai fini avec les amis de papa.

Mais je pense aux amis que nous avions aux Sables, mes parents, ma sœur et moi. Il y avait d’abord les Bourmaud, un frère et deux sœurs, non mariés. Le garçon pesait bien 120 kilos, ses sœurs étaient fortes aussi, surtout Marie. Louise était plus petite et plus rondelette. Ils avaient une maison au Bernard où ils vivaient habituellement, mais ils venaient aux Sables et louaient un appartement pas loin des Galeries. Elles recevaient fort bien et nous allions souvent à d’excellents goûters aux Sables et de succulents repas au Bernard. Ils avaient beaucoup d’amis, et parlaient beaucoup de la famille Chaillé qui habitait à la Chaume et qui recevait le gratin d’étrangers qui venait aux Sables. Elles parlaient aussi de leurs cousins Pommeray de Talmont. M. Pommeray était peut-être Préfet de la Vienne, où avait un gros titre à la Préfecture, toujours est-il que Louise et Marie parlaient beaucoup de bals splendides qui se donnaient à la Préfecture où il y avait bien sûr, tout le gratin de Poitiers. Je me souviens d’une anecdote moins réjouissante, mais non moins vraie. M. Bourmaud était très gros et un jour, au Bernard, le siège des cabinets s’est effondré sous lui. Il a fallu que les pompiers viennent pour le sortir de là et le lendemain les journaux faisaient de gros articles là-dessus ! Les Bourmaud ont été invités au mariage de ma sœur et ensuite ils disaient à tout le monde que c’était splendide, la mariée charmante, des repas très bons.

Nous voyions aussi grâce à eux, Mme Moreau, la femme d’un notaire qui allait tout les matins à l’Eglise et faisait le tour de toutes les chapelles. Elle nous recevait elle aussi très gentiment. Malheureusement pour elle et pour son mari, ses enfants ont mal tourné. La fille mal mariée est revenue aux Sables et elle s’est mise à vendre des légumes dans la rue. Quant au fils Paul, il a dissipé tout l’argent de ses parents, s’est marié avec une jeune fille de Nantes. Avec elle, ils vendaient de l’essence pour auto dans une cabane qu’ils avaient fait construire près de la Marinière, près des Sables, où les Moreau avaient une maison de campagne. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus.

Nous voyions aussi Mme Godet, qui avait une très jolie maison sur le remblai, pas loin des Pins. M. Godet avait été le maire des Sables, et avait sa statue sur la place du Tribunal. Elle recevait très bien elle aussi. Elle avait pris avec elle, son père qui n’avait pas toute sa raison, et elle avait pris aussi un infirmier pour son père. Or, une nuit où l’infirmier a dû descendre chercher quelque chose, le père s’est jeté par la fenêtre.

Nous voyions aussi, nous les filles, les deux sœurs Parent, filles d’un pharmacien de la rue Bisson, et les deux filles du receveur d’enregistrement dont je ne me souviens plus du nom, et encore Mimi (Marie-Madeleine) Léveillé, dont le père était avoué aux Sables. Par la suite, à la mort du père, Mme Léveillé est allée avec ses trois filles à Challans, dans la maison de famille, les Marzelles, très jolie propriété avec grand jardin. Une fille de Mimi a épousé par la suite mon cousin Wallerand de Baynast et ils habitent aux Sables.