L’histoire de la famille Pigeaud, du côté maternel : Jean-Eugène et Marie-Antonine Audebert, le meunier près du Blanc, et le curé qui remarque deux petits garçons « qui avaient l’air intelligent ». À lire avec la notice de 1946, qui raconte les mêmes faits d’après le journal de l’intéressé.

Texte recopié tel quel, sans correction d’orthographe ni de ponctuation.


CHAPITRE II

Histoire de la famille PIGEAUD.

Mon grand-père s’appelait Jean-Eugène PIGEAUD, et ma grand’mère Marie-Antonine AUDEBERT

Mon grand-père avait un frère, Jean-Baptiste. Son père était meunier dans un hameau pas loin du Blanc. Le curé de l’endroit avait remarqué ces deux petits garçons qui avaient l’air intelligent et a proposé aux parents de leur apprendre à lire et à écrire, ce qui eu lieu, et ensuite Eugène et Baptiste ont pu aller à l’école du canton. Ils faisaient les kilomètres à pied bien sûr, et ont appris assez de choses pour être instituteur. Je ne sais pas si on demandait un concours pour cela, en tous cas, ils l’ont été. Ils avaient un cousin qu’ils voyaient, lequel cousin a eu un fils prêtre qui est mort jeune (vers 45 ans), il était curé de Vouillé la Bataille et à toutes les cérémonies de la famille il a été convié.

Eugène, mon grand-père, s’est épris je ne sais où, de Marie-Antonine Audebert qui était jolie, institutrice elle aussi, mais d’un rang plus élevé. Je crois que sa grand’mère descendait de Chateaubriand par la main gauche, et son père était tanneur ou marchand de grains à Buzançais ; lequel a fait faillite au moment de la Révolution de 1948. Ses parents sont morts jeune. Il y avait quatre filles : Rosalie qui est devenue religieuse et est morte en odeur de sainteté à l’hôpital de Châteauroux. La deuxième fille, dont j’ignore le nom, est partie à Paris je ne sais chez qui, mais s’est mariée à M. Lecoeur qui était menuisier (une grande affaire de menuiserie). Ils ont eu trois enfants : deux filles dont une, la tante Julie était la directrice de la menuiserie à la mort de ses parents, et l’autre fille s’est mariée avec un professeur, M. Fouquet, un normand, qui a bien fait son chemin puisqu’il est devenu secrétaire de l’Académie des Sciences. Ils ont eu six filles et deux fils. Deux des filles, Juliette et Denise sont devenues mes tantes (1). Quand à la dernière fille, Azeline, elle est restée dans la maison familiale, a adopté une fille qui s’est mariée plus tard à M. Lardeau, qui a tenu avec sa femme une petite pension de jeunes filles à Tours et ma tante Denise Iehl a été une de ses élèves. Ils ont eu deux enfants : Mme Fontan qui habitait Paris, et une autre fille qui est devenue Mme Valade, laquelle a eu deux fils, Paul qui a eu une heure de gloire comme vétérinaire militaire et a même fini comme Directeur de l’Hôpital pour chevaux malades ; il s’est marié avec la filleule de ma tante Jeanne Pigeaud. Le deuxième fils est mort à la guerre.

Je reviens à mon arrière grand’mère Mme Audebert. Je crois qu’elle n’avait pas beaucoup d’argent, aussi elle mettait des enfants chez des cousins. Ainsi, ma grand’mère a été pendant plusieurs années chez M. et Mme Mourreau, de Saint Gauthier, et de là elle a été à l’Ecole Normale.

Ma grand’mère avait un frère, Charles, qui est devenu professeur à l’Ecole Normale de Chinon, et a eu deux filles dont une s’est mariée avec un notaire de Sablé. Il y avait une autre fille, devenue Mme Baltus dont le mari tenait un café ; elle a eu deux fils dont l’un, militaire à Paris, allait voir mon oncle et ma tante Eugène Pigeaud, et ma tante lui a fait épouser sa bonne, au grand désespoir de ma grand’mère.

  1. – Elles ont épousé Gaston et Raymond Pigeaud, deux des frères de grand’mère.

Parlons maintenant de Jean-Baptiste Pigeaud, le frère, instituteur à Ouches (Indre). Il s’était marié avec une campagnarde et lui a fait dix ou douze enfants dont beaucoup de filles qui, je crois, couraient assez volontiers avec les garçons. Quant aux garçons, deux ont été bourreliers ou menuisiers à Ouches. Le deuxième s’est marié avec une campagnarde, très intelligente. Il ont eu je crois, six enfants dont l’un a fini comme secrétaire de mairie à Tours et un autre, prêtre, Louis, a été vicaire au Blanc, puis curé de Bélabre, et a fini comme curé de Concremiers, une demi-retraite, où il coulait des jours heureux avec ses paroissiens qui l’aimaient beaucoup. Il jouait le dimanche dans un café, à la manille, avec un verre de vin rouge. Et quand nous allions le voir, mon mari et moi, il nous disait qu’il passait un dimanche heureux. Il est mort la veille de ses 100 ans. Il faut dire que sa mère est morte à plus de 100 ans.

Le fils du secrétaire de mairie à Tours, est devenu Général de Cavalerie, Jacques Pigeaud, très ami de mon cousin François Pigeaud.

Autrement, dans la famille de Baptiste, il y en a eu un qui était professeur au collège de Brive, un autre qui faisait je ne sais quoi, et qui a eu deux fils officier. Quant aux filles, je ne sais pas ce qu’elles sont devenues. J’ai vu un jour, à un goûter, chez ma cousine Cécile Poupardin, une sœur du prêtre, Mme Lamonerie qui m’a parlé de ma mère et avait une propriété aux environs de Paris.

Parlons maintenant de la famille de ma mère qui avait quatre frères et une sœur :

L’aîné, Eugène, docteur en médecine, et en même temps médecin du Lycée Henri IV, a épousé une presque cousine, Marguerite Godefroy. Je crois que son oncle était en même temps l’oncle de ma grand’mère Pigeaud, lequel oncle avait donné sa fortune qui ne devait pas être bien grosse à Marguerite Godefroy, et ma grand’mère disait à son fils Eugène : « comme cela tu récupéreras l’héritage ! ». Ils ont eu trois filles :

= L’aînée, Madeleine, très laide, mais suprêmement intelligente, a fait des études de droit et là, a rencontré l’homme de sa vie, Jean de Baynast de Septfontaines, garçon très riche, moins intelligent que Madeleine ; sa famille avait des fermes en Normandie et dans le nord de la France. Nous avons été invités au mariage qui avait lieu à Paris. A la sortie de la messe à Saint Germain des Prés, on entendait des gens dire : « Il n’y a que les nobles pour épouser des femmes si laides ! ». Ensuite, au buffet où tante Marguerite avait voulu faire bien les choses, quand nous sommes arrivés (tous les gens du cortège) les nobles du faubourg St Germain avaient dévalisé le buffet et François a pu tout de même nous apporter quelques restes. J’ai eu, pour ma part, un peu de jambon avec un peu de jardinière de légumes, mais pas de boisson. J’ai donc, et nos parents aussi, demandé à François de nous apporter de l’eau. C’est tout ce que nous avons eu. Ce ménage a été très heureux. Jean avait une jolie situation à Angers. Il était directeur de la Caisse des Dépôts et Consignations. Ils ont eu 4 garçons : Michel, marié à Geneviève Rolland-Gosselin, bonne famille de la bourgeoisie parisienne, a eu quatre enfants, et Geneviève est morte assez jeune d’un cancer. Michel a élevé ses enfants, malheureusement l’aîné Guillaume (appelé ainsi parce que Guillaume le Conquérant était leur ancêtre) à la suite d’une maladie, est devenu presque aveugle. Il a pu cependant faire des études de droit et s’est marié il y a deux ans avec une jeune fille de la noblesse de l’Aisne, ils ont un fils Wallerand. La lignée du marquisat est donc assurée. Michel habite Versailles.

Le deuxième fils de Jean et Madeleine est Wallerand, très gentil. Il a épousé Chantal de Langibaudière, fille d’une de mes anciennes amies de jeunesse. Ils habitent Les Sables d’Olonne, ils ont deux enfants : Geoffroy et Hélène. Quand j’habitais le Poiré et que je passais le mois d’août aux Sables, nous nous voyions beaucoup.

Le troisième fils Bertrand est un original : il habite La Pommeraye dans le Maine et Loire, et je ne sais pas trop quelle situation il a. Je sais qu’il conduit des gens en pèlerinage à Notre Dame de Behuars, mais il doit avoir une autre situation. Au début de la guerre de 1940, Madeleine voyant les allemands approcher d’Angers, était venu se réfugier au Poiré avec ses quatre garçons. J’avais pris en amitié ce Bertrand qui avait des réflexions drôles. Je ne sais pour quelle raison, un jour, il me traite de « vieille folle ». Madeleine l’entend et le fait monter au lit sans dîner. Le lendemain, voulant se faire pardonner, il vient me trouver et me dit « tante Jacqueline, je sais ce que je ferais si vous étiez morte, j’irais pleurer sur votre tombe et je pleurerais, pleurerais ! ». J’ai trouvé cela tellement gentil que je lui ai dit « Viens m’embrasser » et nous sommes redevenus amis.

Le quatrième fils Claude, est marié à Sabine le Mesne de Pas, dont la mère habitait Tours. Il a une situation dans une banque de Nantes. Ils habitent Couëron (tout près d’ici), je les vois de temps en temps. Ils ont quatre enfants : deux filles et deux garçons. Une des filles, la deuxième, s’est mariée l’année dernière et vient d’avoir un enfant.

= Passons maintenant à la deuxième fille d’Eugène et de Marguerite : Solange. Moins intelligente que sa sœur Madeleine, elle a tout de même fait des études et a eu une situation (je ne sais pas laquelle). Elle s’est mariée avec Maurice Chaize, de Bar-le-Duc, qui s’intitulait architecte. Il n’avait pas de diplômes, mais je crois qu’il était plutôt entrepreneur. Ils ont eu une fille, Perrine qui s’est mariée à un médecin, Edouard Colcher ; ils habitent Montereau, dans la maison que nous avons habitée, mon mari et moi, pendant neuf ans. Ils ont quatre enfants. Je crois que la situation est belle : il est directeur cardiologue de l’hôpital de Montereau.

Solange est maintenant dans une maison de retraite près de Vaux le Bocage, en Seine et Marne. Elle a 92 ans et ne répond plus aux lettres.

= Quant à la troisième fille d’Eugène et de Marguerite, Suzanne, elle avait un an de plus que moi et nous étions bien ensemble. Elle s’est mariée la première des trois, avec un jeune ingénieur des Ponts, Jean Nida, mais qui n’était pas passé par Polytechnique. Il a été nommé directeur des travaux du Chemin de fer que l’Etat faisait construire au Congo, entre Brazzaville et la mer. Le mariage était très bien. Tante Marguerite s’était adressée à un épicier en gros, genre Félix Potin, on était dans une grande salle je ne sais plus où, on a eu beaucoup de sandwichs, salés et sucrés, des sirops, du champagne. Ce jeune ménage est donc parti à Brazzaville. Suzanne couchait sous la tente avec son mari. Ils ont eu cinq enfants :

L’aîné, Jérôme, né là-bas, se nourrissait de bananes. Quant ils ont venus en France en vacances, ils sont venus nous voir au Poiré, Jérôme avait neuf mois et trottait allègrement avec sa banane, et Suzanne nous disait « c’est le climat, aussi tous les enfants sont en avance ! ».

Le deuxième, Henri, qui était le préféré, n’a rien fait de bon dans la vie. Il s’est cependant bien marié, puisqu’il a épousé Madeleine Front, cousine du Prince Henri, prince consort de Danemark ! Je ne sais pas ce qu’il fait, un temps je crois qu’il faisait un trafic de piastres, parce que ses parents avaient vécu à Hanoï !

Ensuite, il y a une fille, Cécile, bien gentille, que ses parents ont envoyée en France pour faire ses études d’infirmière. Je crois que ses oncles et tantes ne s’occupaient pas d’elle, seule une ancienne femme de ménage de Nogent sur Seine (pays de la famille Nida) l’invitait aux week-ends ; aussi elle a épousé le fils de cette femme de ménage. Ils habitent Joinville-le-Pont où le garçon a une situation dans le cinéma, ils ont plusieurs enfants dont plusieurs mariés.

Ensuite, il y a Gisèle qui est restée longtemps avec sa mère (après la mort du père) et a fini par se marier avec Bernard Métivier qui a divorcé pour l’épouser, et ils ont maintenant deux filles qui réussissent bien dans leurs études.

Le cinquième, François, est médecin à Troyes. Il est marié, je ne sais avec qui. Je ne sais pas s’il a des enfant.

Passons maintenant au deuxième garçon, Gaston, très brillant, est passé par Polytechnique d’où il est sorti un des premiers. Il a choisi les Ponts et Chaussées et a été envoyé au début dans le Finistère où il inspectait les « phares et balises ». Il s’est marié avec sa cousine Juliette Fouqué et a eu cinq filles :

= Louise-Marie, l’aînée, ne s’est pas mariée et s’est dévouée à ses parents, surtout quand son père était mort et qu’elle s’occupait de sa mère qui, à ce moment là, avait perdu à peu près la tête. Elle est morte à 93 ans, ayant perdu la tête elle aussi.

= La deuxième, Juliette dite Cadette, s’est mariée à un polytechnicien Léon Stahl. Elle a eu un fils Alain, lequel s’est marié avec Claire Garetta. Ils ont plusieurs enfants, deux filles mariées et un fils pas très normal. Ils habitent Versailles, et Cadette y habitait aussi. J’allais souvent la voir quand j’étais à Paris.

= Mais celle que je préférais était la troisième, Françoise, qui avait trois mois de moins que moi. Elle était douce, gentille, et s’est mariée elle aussi à un polytechnicien Henri Félix, qui l’a emmenée à Madagascar. Or là, elle est devenue enceinte et ne pouvait supporter la chaleur. Au lieu de nommer son mari en France, on l’a envoyé à la Martinique ! Elle l’a bien entendu suivi, mais elle est devenue si malade que son mari a écrit à ses beaux-parents, et Louise-Marie est aussitôt venue à la Martinique où elle a bien soigné sa sœur. Aussitôt l’accouchement fait, une fois qu’elle a été mieux, elles sont revenues en France, et sont arrivées à Paris bien contentes toutes les deux. Le mari ayant demandé son changement est arrivé lui aussi et ils ont pris un joli appartement rue de Suffren.

L’enfant était un garçon prénommé Bernard. Elle a eu deux autres filles, Martine et Annie. Là dessus, la guerre de 40 a éclaté. Henri Félix se privait de ses tickets de viande pour que sa femme et ses enfants aient mieux à manger. Il était obligé de voyager pour son travail, et il est devenu tuberculeux. Il est mort et Françoise et ses enfants ont vécu comme ils ont pu. Ensuite Françoise a été atteinte de leucémie et est morte, jeune encore, dans de grandes souffrances. Elle était assistée par sa sœur Louise-Marie et par sa fille Annie.

Bernard est devenu polytechnicien et étant à la retraite maintenant, il vit avec sa femme Madeleine au Blanc dans la maison de mes grands-parents où il veut faire, l’année prochaine, un grand rassemblement familial. Martine, très jolie, s’est mariée à un pharmacien de Valence. Annie, bouleversée par la mort de sa mère, s’est jetée à la tête du premier homme venu dont je ne sais plus le nom. Il lui a fait un enfant, ils se sont mariés et elle est morte très vite d’un cancer. Cet enfant, un garçon, doit être grand maintenant.

= La quatrième fille, Cécile, était très gentille aussi. Elle s’est mariée, à la douleur de ses parents, avec un jeune homme qui n’était pas polytechnicien, Jean Poupardin qui était d’une famille de médecin, et lui était architecte des Chemins de fer. J’aimais bien les recevoir tous les ans au Poiré. Ils ont cinq enfants : quatre garçons et une fille : Marc, Denis, Claire, François et Didier.

Je ne sais pas ce que font les deux aînés. Claire est mariée avec un garçon charmant, Jacques Tissot ; elle est à la Bibliothèque Nationale et est chargée des archives ; ils ont trois filles. Ensuite François, ne s’est pas marié et a succédé à son père comme architecte des Chemins de fer. Et enfin Didier, médecin, voulait soigner les pauvres et s’est installé dans la banlieue parisienne, au milieu des ouvriers. Il était plus ou moins communiste et a épousé une jeune fille juive, fille d’une bijoutière marseillaise, communiste elle aussi. Ils ont eu une fille, Marie ; et quand Jean Poupardin est devenu très malade, ils l’ont pris chez eux, l’ont bien soigné et il est mort chez eux, en les remerciant.

Le pauvre Jean Poupardin avait eu bien des malheurs. Sa femme Cécile était morte dans un accident d’auto et c’était un peu de sa faute ; il avait été un peu distrait et se l’ait reproché jusqu’à sa mort.

= La plus jeune fille de Gaston, Laurence, très intelligente mais ayant le verbe acéré, reprochait publiquement à son beau-frère Jean Poupardin d’être un assassin. Enfin, elle est morte elle aussi dans la démence. On l’a trouvée sur un trottoir, son sac à main avait disparu, dans lequel il devait y avoir de l’argent. Triste fin.

Passons maintenant au troisième enfant, Denise. Mes grands-parents ont été ravis d’avoir une fille après deux garçons, et ils l’ont bien éduquée. Elle est allée à la petite pension tenue par M. Lardeau pour avoir son brevet supérieur afin d’être institutrice. Mais son frère Eugène lui a présenté un de ses amis, Joseph Iehl, médecin, comme lui généraliste et aussi médecin d’un lycée parisien. C’était un alsacien qui avait fui l’Alsace quand elle était devenue allemande et est venu en France avec un de ses frères. Il a plu à Denise et ils se sont mariés et ont habité Paris. Tante Denise était comme tante Marguerite, elle voulait vivre à Paris. Ils ont eu une fille, Lucie, en 1900, et comme ils venaient souvent au Poiré et que nous allions souvent au Blanc, c’était notre camarade de jeux. L’été, les trois Iehl allaient souvent faire des excursions dans le Jura et dans les Vosges françaises. En 1909, ils ont même loué quelques pièces à Giromagny, près de Belfort.

Mais là, l’oncle Iehl qui n’avait qu’une quarantaine d’années, a attrapé une maladie, je crois une pneumonie, et il est mort. Maman, bien entendu, s’y est précipitée ainsi que mes oncles, et ma mère a ramené tante Denise et Lucie à Saint Gilles où nous étions en villégiature avec tante Marguerite et ses trois filles. Et ensuite, elles sont venues au Poiré où elles ont fait un long séjour et elles sont allées ensuite chez grand’mère au Blanc. Puis tante Denise a vendu la clientèle de son mari et est allée avec Lucie s’installer à Giromagny où elles ont trouvé un joli appartement. Lucie a pu aller à une école supérieure à Giromagny même où elle travaillait bien, était bien avec certains professeurs. Elles avaient des amis, et la guerre entre l’Allemagne et la France a éclaté. Tante Denise qui était très bonne, s’est renseignée, il y avait des soldats vendéens qui séjournaient à Giromagny, dont trois ou quatre du Poiré. Elle les a reçus, les a fait déjeuner plusieurs fois, et quand elles sont venues au Poiré, Lucie et elle, elles sont allées voir les familles de ces soldats.

Quand, en 1917, vers le mois de novembre, Lucie est tombée malade, au début, on a cru à une pleurésie, mais c’était le cœur. Maman y est allée, bien sûr, et Lucie est morte à la fin de janvier 1918 ; elle n’avait pas 18 ans. Maman a ramené sa sœur au Poiré. A partir de là, tante Denise faisait de brèves apparitions à Giromagny, et elle était presque toujours au Poiré où elle dirigeait un peu trop sa sœur. Papa laissait faire. Un jour, étant malade, elle a dit à maman « Il y a un médecin réputé à Aizenay, il faut qu’on y aille » et maman et elle sont parties à pied. Le médecin ne l’a pas guérie. Quand, en 1925, au début de l’année, Melle Lucas est venue à la maison dire que le nouveau notaire du Poiré, Me Jacques Dugast, était prêt à épouser ma sœur Andrée, tante Denise s’enflamme là-dessus et pour un peu, c’est elle qui aurait dirigé tout, mais papa y a mis le holà ! Et c’est maman et papa qui ont tout organisé, les robes, la cérémonie, le repas. Tout a été très bien. Mais ensuite tante Denise est tombée malade, elle est allée à la Roche chez des religieuses, mais elle n’y est pas restée longtemps et elle est revenue au Poiré où elle est morte le 8 novembre, d’une crise d’urémie dans des souffrances atroces. Elle est enterrée au Poiré.

Parlons maintenant du quatrième enfant, Alfred, l’enfant terrible qui montait sur les toits, allait dans les puits, s’amusait à passer le viaduc sur le parapet ; il faisait peur à tout le monde. Au lycée de Chateauroux, il s’amusait à faire peur à Monsieur Godefroy, son parent, qui enseignait je ne sais plus quelle matière. Une fois, il avait bien repéré la façade de l’établissement, et M. Godefroy l’ayant grondé, il saute par la fenêtre (il avait vu qu’il y avait un balcon en dessous) et il est tombé. M. Godefroy s’est précipité chez le directeur qui est venu immédiatement dans la cour, et ils ont vu Alfred au balcon qui riait tant qu’il pouvait ! Le proviseur a dû lui faire un blâme, et peut-être ordonné une sanction.

Par la suite, Alfred s’est assagi. Il a fait de brillantes études au lycée de Poitiers. Mais là encore, nouvel accrochage. Il y avait un surveillant de dortoir qui ronflait, et cela gênait les élèves. Alors une nuit, quatre élèves dont Alfred ont pris le surveillant endormi et l’ont mis dans les cabinets sur le siège et sont allés se coucher. Mais le surveillant s’est réveillé, a alerté le proviseur qui est arrivé dans le dortoir et a dit aux quatre loustics « Vous n’avez qu’à faire vos bagages, je vous chasse ! ». Alfred, un peu penaud, est arrivé chez ses parents qui l’ont grondé bien sûr, mais l’ont mis au lycée de Tours où il a très bien travaillé et a pu rentrer à Polytechnique pour être officier d’artillerie.

Son premier poste a été Valence (Drôme). Là il a fait la connaissance de gens charmants et a épousé une jeune fille charmante elle aussi, Jeanne Cénac, 18 ans, d’une bonne famille dauphinoise. Son père était inspecteur primaire à Valence et sa mère étant morte jeune, c’est sa grand’mère maternelle et son père qui l’ont élevée. Mes grands-parents Pigeaud et ma mère sont allés au mariage (c’était un voyage au long cours, à ce moment-là : Le Blanc-Valence : je crois qu’ils ont attendu un train dans une gare pendant plusieurs heures ! ).

= Mon oncle et ma tante Jeanne ont eu d’abord un fils, Henri. Mes grands-parents en ont été très fiers, le premier petit enfant. Par la suite, Henri a été très aimé par papa et lui-même aimait beaucoup papa, il venait beaucoup au Poiré ou aux Sables où nous passions un mois. Je me souviens des parties de volant, entre Henri et moi, qui duraient quelquefois plusieurs heures. Par la suite, Henri est devenu médecin, je ne sais pas comment on appelle sa spécialité ; il s’occupait des femmes enceintes, des accouchements et a écrit un livre que tous les accoucheurs lisaient, et il est devenu très célèbre. Le roi du Maroc lui a fait demander de venir pour une de ses femmes ; il y est allé et quand le roi lui a demandé combien il lui devait, Henri a répondu : « le prix de mon voyage ». Le roi lui a donné de beaux tapis ! Henri s’est marié avec la fille d’un dentiste de renom, (car pendant la guerre de 14, ce dentiste M. Pont refaisait les visages des blessés de la face) Suzanne Pont, une jeune fille charmante ; ils ont eu deux enfants : Bernard et Françoise.

Bernard s’est fait prêtre, il est maintenant curé de Lissay, après avoir été curé de Chaponost où il se plaisait beaucoup, et tellement qu’il a acheté une place au cimetière de Chaponost. Maintenant son père, Henri, est mort et c’est là qu’il repose. Quant à Françoise, elle s’est mariée très jeune à Claude Brette, n’a pas d’enfant ; elle est psychanalyste, fait autorité dans cette branche, va souvent à Paris à des congrès et des colloques. Elle y a acheté un appartement.

Ajoutons qu’Henri aimait tellement papa qu’il lui demandait quelquefois de l’argent pour finir son mois, et lui disait « je t’aime mieux que les frères de papa ». Et il lui a demandé d’être son témoin à son mariage.

= Mon oncle et ma tante ont aussi eu deux filles (ou plutôt trois). D’abord Françoise que nous aimions beaucoup Andrée et moi. Avec sa sœur Denise qui avait 6 mois de plus que moi, elles venaient beaucoup au Poiré. Au moment de la maladie de leur grand-père Cénac, elles sont bien restées six mois à la maison. Nous allions ensemble à l’école. Quand cela a été le moment de la première communion, ou plutôt la communion solennelle, je ne sais plus pourquoi, le curé n’a pas voulu me recevoir. Aussi maman a écrit à tante Jeanne et cette dernière a répondu qu’elle avait parlé au curé de la paroisse Saint Hilaire de Poitiers et aussi aux dirigeantes de la pension Boffin où allaient mes cousines et nous n’avions qu’à venir. Le lendemain de la première communion, il y avait confirmation, si bien que nous sommes tous partis pour Poitiers. J’ai donc fait ma communion solennelle et j’ai eu la confirmation à Poitiers. Mais un an après, Denise qui avait 11 ou 12 ans est morte d’une méningite. Ses parents étaient effondrés de douleur. Maman y est aussitôt partie et Denise est maintenant dans le caveau de la famille Cénac à Saint Marcellin (Isère). Mais un an après, naissait une autre Denise. C’est-à-dire qu’oncle Alfred et tante Jeanne avaient voulu l’appeler Denise, mais n’ont pas pu s’y résoudre ; on a essayé de l’appeler Marie-Denise, mais ça n’a pas marché, alors on l’appelle Menine.

Menine s’est mariée à un charmant garçon, André Lamy. Elle a eu neuf enfants dont les deux derniers, des jumeaux, sont morts en naissant. Mais les sept qui restaient ont très bien réussi dans la vie ; ils ont de belles situations.

Quant à Françoise, elle s’est mariée avec un jeune homme qu’elle a connu au Poiré, Benjamin Gendreau, qui s’est installé à Nantes comme médecin cardiologue. Nous la voyions beaucoup, elle n’avait pas d’enfant mais avait beaucoup d’amis à Nantes. Elle aimait beaucoup son frère et sa sœur et allait souvent à Lyon. Elle aimait beaucoup le bridge, moi aussi, et nous faisions de bonnes parties avec sa sœur ou des amis. Mais elle est morte cette année, en janvier 1994, et est enterrée à Saint Marcellin.

Parlons maintenant du cinquième enfant de Jean-Eugène Pigeaud et Marie Antonine Audebert. C’est Marie, ma mère, qui aimait beaucoup sa famille ; a été à l’école normale de Chateauroux, et a été institutrice quelques temps à Ouches, pas loin du Blanc ; elle logeait chez des cousins Pigeaud quand , en 1901, Mme Boutineau, une amie qui habitait non loin du Poiré, près de Niort, est venue au Blanc, dire qu’elle connaissait un jeune homme très bien qui ferait bien l’affaire de Marie. Il faut dire que cette dame Boutineau était très amie avec le curé de Vouillé, l’abbé Pigeaud, cousin de toute la famille. Le jeune homme, Victor Potier, âgé de 27 ans comme Marie (il avait deux jours de plus que maman) est donc venu au Blanc, accompagné de sa mère et de Mme Boutineau. Il a tellement plu à la famille entière qu’ils se sont mariés le 17 septembre 1901, et après un rapide voyage de noce dans les châteaux de la Loire, ils sont venus s’installer au Poiré.

Andrée, ma sœur, est née le 10 septembre 1902, et moi Jacqueline, le 19 juin 1904. Il y eut ensuite, en 1909, deux jumelles qui n’ont pas vécu.

Je parlerai de la famille Potier après avoir parlé du sixième enfant, Raymond, né je crois, en 1878. Ce Raymond, très gentil et joli garçon, ne voulait pas faire d’étude. Mais ses frères aînés, surtout Gaston, y veillaient et Gaston l’a pris chez lui et l’a forcé à travailler. Il a tellement travaillé ensuite qu’il est passé par Saint-Cyr, a opté pour l’infanterie, et quand il est mort, il était Général de Corps d’armée à Nantes. Il s’est marié avec Denise Fouqué, grande, ossue, mais il n’a pas été heureux avec elle. Il a pris des maîtresses, ce que sa femme lui reprochait bien sûr, mais avec une telle hargne qu’il a continué ! Elle le faisait espionner par sa fille aînée, Aline, laquelle était bien gentille, mais une protestante tellement convaincue que c’en était agaçant.

= Aline s’est bien mariée avec Pierre Douxami, gentil garçon, qui avait je crois, une belle situation. A la fin de sa vie, il ne pouvait plus parler, et il écrivait ce qu’il voulait dire. Ils ont eu cinq enfants :

Daniel, marié, habite Reims et a plusieurs enfants.

Thierry qui s’est bien marié avec Sylvie Rouffenach, bonne famille protestante parisienne ; ils ont eu trois filles dont deux au moins sont mariées. Je n’ai plus de nouvelles d’eux.

Ensuite, Françoise, mariée à un américain, a trois enfants qui vivent en Amérique avec leur père, tandis que Françoise reste à Paris.

Sylvie, un peu pimbêche, s’est mariée avec un Deloche de Noyelle dont le père avait une grosse situation dans la firme Peugeot ; ils ont deux enfants.

Enfin Mathieu, très grand comme son père, a une belle situation mais je ne sais pas laquelle. Il a une femme et un fils.

= Il y a deux autres enfants : François, très gentil, a commencé par être officier, puis a démissionné je ne sais pourquoi et a eu une autre situation. Il s’est marié avec Marie-France Barbe d’une bonne famille protestante de Paris. Il a quatre enfants :

Olivier, marié, pasteur à Tours où il serait évêque s’il était catholique ; il dirige tous les pasteurs et les protestants de toute la région. Il a trois enfants dont un qui leur donne beaucoup de soucis, à la suite d’une maladie il est devenu demi idiot et travaille maintenant dans une menuiserie.

Enfin, il y a Denis, officier de marine de grande valeur qui commandait un sous-marin atomique et restait quelquefois deux mois sous l’eau. Je crois que maintenant, il est à Paris, au ministère de la Marine.

Il y a ensuite une fille, Constance, mariée à Etienne Margueron, d’une famille hollandaise huguenote, aussi il s’occupe beaucoup où il est, de prêches, de colloques… Ils ont trois enfants.

Enfin, un dernier Laurent qui est à Loctudy où il s’occupe de bateaux, de leçons de natation ; il est marié à une institutrice et a plusieurs enfants.

Mais François n’est pas heureux actuellement. Il s’occupe beaucoup de sa femme qui a perdu un peu la tête et lui fait des reproches surtout devant ses enfants ou invités : la cuisine n’est pas bonne, il reste trop longtemps à faire ses courses, etc…

= Enfin, la troisième descendante des Raymond Pigeaud est une fille, Catherine, extrêmement gentille. Elle s’est mariée avec un serbe, Mladen Zugovic, bien plus âgé qu’elle, qui a été ministre au temps des rois de Serbie, et ensuite pendant la guerre, a fait de la résistance avec Michaëlovic. Quand Tito a fait arrêter le Maréchal Michaëlovic, Mladen a pris la fuite et est arrivé à Paris. Il faut dire que la famille avait été très bien autrefois, avec la famille Fouqué. Les trois frères Zugovic avaient été longtemps en France, à Paris, pour des études d’avocat ou de médecine, et tous les dimanches, ils allaient chez les Fouqué. C’est pour cela que Mladen et Caty se connaissant bien se sont mariés. Ils ont eu une seule fille, Danica, qui fait visiter Paris aux touristes. Ce sont eux que nous avons le plus vu.

Voilà donc toute la descendance PIGEAUD-AUDEBERT.