Le premier chapitre des mémoires de Jacqueline, écrites bien plus tard. Elle s’y nomme en toutes lettres — « Jacqueline GRANGER », née au Poiré-sur-Vie le 19 juin 1904 — et c’est cette phrase qui établit que la « tante Canette » du corpus est la sœur cadette d’Andrée. Le chapitre raconte aussi le mariage d’Aglaé Caillé avec Edmond Chailloux, et la descendance décimée par la tuberculose que le journal croise en 1917.
Texte recopié tel quel, sans correction d’orthographe ni de ponctuation.
CECI doit être l’histoire de MA VIE : Jacqueline GRANGER
J
e suis née au Poiré sur Vie le 19 juin 1904, prématurément.
Mes deux grands-pères étaient morts, l’un en mars 1904, l’autre en mai 1904. Ma mère avait tenu à assister aux obsèques. Toujours est-il, qu’à ma naissance, je pesais 3 livres et étais d’une maigreur effrayante, tellement que Mme Lucas, femme du médecin, disait en descendant l’escalier : « Cet enfant ne peut pas vivre ! ». J’ai 90 ans, et je me porte plutôt bien.
Revenons aux ancêtres.
Mon père, Victor POTIER, était propriétaire de dix fermes environ. Il était d’une souche assez modeste, puisque son père Jacques POTIER, était marchand de grains avec son frère Victor. Leur père, Mathurin POTIER, était menuisier. Il s’était marié avec Jeanne GENDREAU, de souche paysanne de Belleville(1), mais avait là, une jolie maison(2).
Jeanne avait plusieurs frères et sœurs, dont une, est devenue Mme Tenailleau au Poiré, une autre Célestine ne s’est pas mariée et est restée au logis où elle a fait des broderies au point de croix et envoyait des cadeaux à ses neveux. Il y avait aussi plusieurs garçons dont un, Alcide, était le parrain de mon père. Les autres garçons : un s’est marié avec je ne sais plus qui, mais a eu comme enfants : un fils qui s’est marié avec une Marguerite X… à la Mothe Achard, et est devenu notaire ; un autre de ses fils a eu comme enfants, Mme Chéneau et Mme Guias ; il a eu une fille aussi qui s’est mariée avec Ferdinand Brachet de Boulogne, près de Belleville. Un autre de ses fils, ou une fille, a eu comme enfant Mme Cortial dont le mari était notaire aux Essarts, Mme Lacoste dont le mari était professeur à Fontenay le Comte, et sa 3ème fille est devenue Mme Chevillon dont le mari était pharmacien à Challans. Il a eu un fils dont la fille s’est mariée avec M. Charriau de St André Goule d’Oie, et a eu un fils qui s’est marié avec Melle Marie Grolleau. (3)
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– Lieudit « Le Petit Logis ».
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– La maison de Mathurin Potier est devenue la maison d’Amé.
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– Les détails sur les frères et sœurs de Jeanne sont erronés : mélange de génération.
Venons maintenant à la famille de ma grand’mère.
Son père (Auguste PIZAGOU-LOGERIE) se considérait comme le plus ancien propriétaire du Poiré et le plus vénérable. Il y jouait aux cartes avec le curé et les notables du Poiré.
Il s’était marié avec Melle Gourraud, de Saint Denis la Chevasse, qui lui avait apporté en dot douze métairies.
Cette demoiselle Gourraud avait un frère et deux sœurs. Le frère s’est marié avec une demoiselle Groleau et a eu quatre enfants dont un fils qui est devenu architecte et s’est marié en 1926 à ma cousine germaine Charlotte POTIER, fille du frère de papa. Les deux autres sœurs sont devenues Mme Guille-Desbuttes et l’autre Mme Duplessis. Mme Duplessis qui habitait Belleville, une jolie maison près de la gare, a eu son mari neurasthénique, qui est venu au Poiré en voiture et là, il s’est donné la mort. Quant à Mme Guille-Desbuttes, son mari était notaire, elle habitait Montfaucon, et a eu plusieurs fils et filles ; une de ses petites-filles s’est mariée avec un de mes cousins, Alain Lancelot. La mère de Melle Gourraud de St Denis, était une demoiselle Marchegay, une des premières familles de la bourgeoisie vendéenne, et avait des cousines, Melles de la Pouzère qui étaient dans un établissement religieux à Nantes et que ma grand’mère allait voir assez souvent.
Cet arrière-grand-père, M. PIZAGOU-LOGERIE, donc mariée à Melle Gourraud, était le fils d’une demoiselle d’Apremont dont je ne me souviens plus du nom, et s’est mis dans la tête de marier sa fille Marie, ma grand’mère, avec le fils de ses cousins Régnault. Ma grand’mère qui avait bien sa tête, ne le voulait pas, car il avait dit un jour qu’il était « sanguinaire » (tempérament sanguin). Et de plus, ma grand’mère avait vu, d’une fenêtre de sa chambre qui donnait sur la place, Jacques POTIER, et elle dit à son père qu’elle voulait Jacques POTIER et pas d’autre. Le grand-père furieux, lui résista. Mais ma grand’mère, tenace, a attendu. Au bout de sept ans, sa mère a dit à son père « Puisqu’ils se veulent, marions-les ». Le grand-père a accepté, mais n’a pas assisté au mariage. Il est parti ce jour-là, dans la famille Régnault à Apremont.
Mes grands-parents ont fait construire la maison actuelle et se sont mariés, je crois, en 1865 ou 1866. Ils ont eu trois enfants.
Marie, qui est devenue religieuse de la Visitation à Nantes. Là aussi, ce fut un drame. Cette tante Marie, était presque toujours chez son oncle Victor POTIER, un peu le chef de la famille, marié à une demoiselle Vilain, de Saint Etienne du Bois. Quand ma tante a annoncé son désir d’entrer au couvent, son oncle lui a dit « Va-t-en et je ne te reverrai plus jamais ! ». Et avec son frère Jacques, mon grand-père, ils n’ont pas assisté à la prise d’habit de ma tante. Ma grand’mère qui y assistait, avait bien fait les choses. Elle s’était adressée à un traiteur qui avait fait un excellent repas. Y assistaient, mon père, son frère Abel, l’Evêque de Nantes, des cousins et des cousines. Quelques temps après, l’oncle Victor dit à son frère : « Je vais tout de même aller la voir » et il part pour Nantes. Arrivé à la Visitation, il demande ma tante qui arrive toute contente de le revoir, avec une « sœur-écoute » (il y avait toujours des sœurs-écoute). Et voilà l’oncle qui dit : « Si j’étais le gouvernement, je foutrais le feu à cette sacrée boutique ! ». La tante médusée, et la sœur-écoute se précipite chercher la supérieure. Celle-ci arrive et dit à mon oncle : « Sortez d’ici ! ». L’oncle répond : « Je n’y reviendrai jamais ! ». Et il a tenu parole. Il est mort en 1900 sans avoir revu sa nièce.
Avant de passer à un autre chapitre, je signale que l’ancien prétendant de grand’mère, ce M. Régnault, s’est marié avec une demoiselle Dugast, de Rocheservière, et était l’oncle de mon beau-frère, Jacques Dugast. Il a eu plusieurs enfants, dont une fille qui est devenue Maire de la Mothe Achard, une autre qui s’est mariée à un architecte de Cholet, et d’autres enfants.
Pour en finir avec la famille POTIER, mon père avait donc un frère, Abel, qui, comme lui gérait ses fermes. Mon père et lui avaient été à l’Ecole Livet à Nantes, et ils avaient appris la menuiserie. Ils ont fait plusieurs jolis meubles.
Abel s’est marié avec une demoiselle Marie Yvernogeau, de Legé, pas très intelligente et très près de ses sous. Ils ont eu deux filles.
Marguerite qui s’est mariée jeune à Samuel Mignen, de Legé, immensément riche. Citons-là l’anecdote suivante : sa mère et Marguerite se sont avisées un jour que Samuel Mignen n’allait pas à la messe. Il faut dire que mon oncle Abel était mort , c’était donc papa le tuteur de Marguerite. Et en plus, ma tante avait un cousin évêque de Montpellier, qu’elles avaient dû voir et qui avait posé la question : « Va-t-il à la messe ? ». Aussi ma tante et Marguerite arrivent à la maison vers 7heures du matin, se précipitent dans la chambre de papa qui n’était pas levé et lui disent : « Marguerite ne peut pas se marier avec un mécréant ! ». Du reste Marguerite dit à papa : « J’ai fait une lettre que je vais vous montrer. » Papa lit la lettre qui n’était que des injures. Papa lui dit : « Je ne veux pas que tu envoie ça, je vais en faire une autre. » Elles s’en vont, papa se lève et fait une lettre convenable, disant que Marguerite ne voulait pas se marier, mais qu’elle reviendrait peut-être sur sa décision. Le lendemain, le fiancé rapplique chez tante Abel, demande Marguerite et se jette à ses genoux, en lui disant : « Je vous aime, ne m’en veuillez pas, j’irai à la messe si vous le voulez, épousez-moi ! ». Bien entendu, Marguerite a dit qu’elle pardonnait et ma tante toute joyeuse est revenue trouver papa en lui disant : « Tout est arrangé ». Mon père est allé trouver le frère de la tante qui habitait le Poiré, et lui a dit : « Marions-les le plus tôt possible ». Aussi les fiançailles ont eu lieu à Noël et le mariage le 31 janvier 1922, le jour des 22 ans de Marguerite. Je ne me suis jamais tant amusé qu’à ce mariage. Maman, avec l’aide d’amis dont les Gendreau, avait organisé un bon buffet. Les Gendreau avaient un phonographe. Aussi le dimanche avant le mariage, nous sommes allés danser chez les Gendreau. A ce moment donné, on entend des cloches à l’église toute proche. C’était pour annoncer la mort du pape Benoît XV. Nous avons fait un petit arrêt et nous avons continué à danser. Henri et Françoise Pigeaud étaient venus pour le mariage. On s’est bien tous amusés, le lundi aussi, le mardi, jour du mariage, on a dansé à la maison toute la nuit et le lendemain on a recommencé avant de rendre le phonographe.
Marguerite avait une sœur Charlotte, qui s’est mariée avec Léon Gourraud, architecte à la Roche, un cousin dont j’ai déjà parlé. Ils ont eu un fils Pierre, qui est devenu notaire à Belfort. Encore là, il y a eu du tirage, Charlotte, fort riche, voulait une héritière pour son fils et avait jeté son dévolu sur une cousine encore, Marie Charriau, de Saint André Goule d’Oie. Or, Pierre qui était clerc de notaire à Nantes, prenant ses repas à l’hôtel, avait fait la connaissance d’une jeune fille charmante, professeur à l’Ecole dentaire de Nantes. Or, à ce moment-là, il y avait une étude de notaire à Angers que Pierre aurait pu acheter, avec l’argent de ses parents bien sûr. Quant il a annoncé à ses parents qu’il voulait se marier avec cette jeune fille, professeur à l’Ecole dentaire, sa mère lui a dit : « Si tu épouse Marie Charriau, nous paieront l’étude d’Angers. Mais tu n’auras rien si tu épouse l’autre. Pierre a acheté une étude à Belfort, s’est marié là-bas avec la jeune fille qu’il avait choisi. Ils ont été heureux, avaient des amis. Maintenant, il a pris sa retraite et habite Nantes. Ils allaient voir leur mère mais sans grand enthousiasme, voyaient leur tante Marguerite, et maintenant que Charlotte et Marguerite sont mortes, ils passent tout l’été en Bretagne d’où est originaire ma nièce Marie-Thérèse, près de Quimperlé. Ils n’ont pas d’enfant, mais ont adopté un neveu, qui a fait des études de pharmacien et a eu une pharmacie dans le Centre-Afrique. Il est en retraite lui aussi, a un appartement à Paris où son oncle et sa tante vont souvent l’hiver, et ils voyagent beaucoup.
Venons-en maintenant aux frères et sœurs de ma grand’mère.
L’aînée, Aglaé, s’est mariée à 17 ans avec un propriétaire du Poiré, M. Caillé qui, en plus de ses fermes, faisait un élevage de chiens de chasse à courre, les bassets vendéens. Une race très réputée, tellement que les propriétaires de chasse à courre, comme le Roi d’Italie ou la Duchesse d’Uzès, envoyaient leurs piqueux au Poiré au moment de la vente des chiens. C’était la fête au Poiré. Il y avait un bon hôtel sur la place (où il y a eu une horlogerie ensuite). Ils faisaient de bons repas avec des gens dont ils s’étaient fait des amis et ont même invité ces amis aux chasses à courre. Mais un jour, un éleveur de chiens a vendu par erreur une chienne !… Résultat, la chienne a eu des petits et les élevages de chiens ont disparu ! !
Ces Caillé ont eu trois enfants : Aglaé mariée à M. Chailloux, Octavie toute bossue et contrefaite et un fils Timoléon, mort jeune de tuberculose. Encore là, il y a eu un drame. La tante Caillé (je crois que son mari était mort) ne voulait pas de ce M. Chailloux pour gendre, il n’était pas assez bien né. Mais Edmond Chailloux se déguisait en colporteur et Aglaé allait le voir le soir. Mais sa mère et Octavie l’ont su et lui ont dit de cesser ce manège. Elle est partie chez ma grand’mère avec ses bagages. Ma grand’mère, très bonne, l’a bien reçue, est allée trouver le curé du Poiré et lui a dit : « Marions-les ». Ce qui fut dit, fut fait. Ils se sont mariés et ont eu plusieurs enfants, mais tous plus ou moins tuberculeux et sur 7, il en est resté 3. Deux filles : Andrée, et Marie-Angèle, et un fils Edmond.
Edmond a été tué à la guerre dès 1914. Andrée s’est mariée avec André Boyer, un gentil garçon, très grand, qui est venu habiter le Poiré où il s’occupait des métairies de sa femme, ils ont une fille Marie-Andrée, dite Madée, qui détestait le Poiré et ne s’est pas mariée, mais elle a entraîné ses parents à tout vendre et ils ont habité Nîmes, puis Lodève, et ils ont acheté une grande propriété dans la montagne, en pleines Cévennes. Maintenant, ses parents sont morts, je ne vois pas Madée seule dans cette propriété.
L’autre fille Marie-Angèle, s’est fait appeler José. Elle était très intelligente et gentille. Nous faisions, avec ma sœur et elle, de bonnes parties et même un jour, un roman. Ma sœur et moi, nous faisions le roman et José les dessins, car elle était douée pour cela. Elle s’est mariée, quelques jours avant ma sœur, à Georges Lancelot, médecin à Marsais (Charente Maritime). Ils ont eu trois enfants : Guy qui est mort jeune. Alain marié à une cousine, Marie-Charlotte Guille-Desbuttes, ils ont plusieurs enfants. Et une fille Marie-José qui s’est mariée avec un garçon charmant, qui avait une jolie situation, mais était juif. Ils ont eu 3 filles et Marie-José est morte d’un cancer l’année dernière.
Ma grand’mère avait une autre sœur, Mélanie, qui s’est mariée avec Alfred Porteau, cousin de M. Caillé, qui était médecin de marine. Ils ont eu 4 enfants : Alfred qui, comme son père, fut officier de marine, mais est mort très jeune, à 28 ans, en Indochine. Un autre fils, Eugène, qui n’a jamais voulu rien faire de sa vie ; il vivait chez sa mère qui faisait de très bonne cuisine, et il allait s’incruster chez des amis pour huit jours. Et deux filles : Marie et Hélène.
Alfred Porteau est mort assez jeune, et sa femme Mélanie, sans beaucoup de ressources, puisque à part une ferme à St Denis, elle n’avait que la pauvre pension de son mari, a fait, malgré l’époque, donner des situations à ses filles. Hélène est devenue institutrice, s’est mariée à Firmin Libeau, instituteur lui aussi, ils ont eu deux filles : Gabrielle et Marie. Mais Hélène est morte tuberculeuse, très jeune. Comme son mari était instituteur, il lui était impossible de s’occuper des deux petite-filles. Aussi Gabrielle fut confiée à la grand’mère Libeau à Treize-Septiers. Elle était infirme, très gentille, faisait des broderies. Maman l’invitait souvent, elle venait passer plusieurs jours à la maison, nous offrait des mouchoirs et nous l’aimions bien. La deuxième Alice, a été confiée à la grand’mère Porteau, qui malgré ses faibles ressources, la gâtait affreusement, avec son fils Eugène. Elle lui faisait de bons plats, lui achetait des toilettes magnifiques. Elle a fini par se marier avec un sous-lieutenant sorti du rang, M. Coupet, qui avait été aux Colonies et avait dû attraper des maladies là-bas. Il a emmené sa femme à Brest et ils ont eu deux enfants : Jacques et Hélène. Ce Coupet est mort jeune, et la tante Porteau a encore pris les deux enfants. Jacques était très mignon et dit un jour qu’il voulait être curé. Et Charlotte et moi, nous lui disions : « Répète-le devant son oncle Eugène ». Le gosse le répétait et l’oncle Eugène, en bon radical bon teint, lui disait : « Petit misérable, si tu continues, je te flanque une calotte ». Le gosse se sauvait et nous rions franchement. N’empêche qu’il s’est fait Dominicain et est à la paroisse française de Londres. Et Hélène s’est faite religieuse chez les sœurs missionnaires de Castres. Elle est allée longtemps en Afrique, mais je crois qu’elle est maintenant à Paris, très malade. Quant à Aline, elle est allée habiter à Sérent, en Bretagne, où, avec ses maigres ressources (son mari était mort lieutenant) a joué à la dame patronnesse, organisait un arbre de Noël pour les enfants des écoles, leur donnait des friandises. Ses fins de mois étaient dures pour elle. Enfin elle est morte vers 50 ans.
Quant à la mère Guesdon (comme nous l’appelions), c’était Marie Porteau, qui était dans les postes. Comme elle était franchement laide, elle ne trouvait pas de mari. Aussi, étant à la Gaubretière, elle a jeté son dévolu sur un Alfred Guesdon, qui était toucheur de bœufs, c’est-à-dire qu’il conduisait les bœufs gras dans les grandes foires de Parthenay, de Bressuire, de Cholet. La mère Guesdon s’est fait nommer au Poiré, la poste touchait la maison de mes parents et nous la voyons beaucoup. Aussitôt arrivée, elle est venue nous présenter son mari. Ils sont allés au jardin, et voulant rentrer chez eux, le père Guesdon a dit en patois « Faut-au fermer la barrère ».
La mère Guesdon était une fantaisiste. On pouvait rentrer dans le bureau, timbrer les lettres, on pouvait passer par le guichet (c’était de la voltige). Mais elle lisait les cartes postales et même ouvrait les lettres ! Elle s’était fait gronder par le directeur des Postes de la Roche et même, je crois qu’elle a dû payer une amende : Il y avait au Poiré un prêtre en retraite qui vivait chez son frère, ancien agriculteur, dans la maison de mes arrières-grands-parents, sur la place. Or ce prêtre digne avait, étant vicaire aux Sables d’Olonne, eu une liaison avec une jeune fille de pêcheur à la Chaume, et avait eu un enfant. Mais cette jeune fille était une harpie et écrivait à ce prêtre pour lui demander de l’argent qu’il envoyait. Mais même son frère ne le savait pas, pas plus que le curé du Poiré. Or, la mère Guesdon, poussée par la curiosité, a ouvert une lettre, et c’était justement celle où la harpie demandait de l’argent, et s’est mise à le raconter à je ne sais qui, qui l’a dit au prêtre (? frère). Lequel s’est précipité chez le curé pour lui demander conseil. Le curé très sage (je crois que c’était le curé Dronneau, un prêtre remarquable et excellent) a commencé par aller tancer la mère Guesdon et a emmené ce pauvre curé (il s’appelait l’abbé Gendreau) chez l’Evêque. Lequel a trouvé la solution. Il a fait rentrer cet abbé dans une maison de retraite, a envoyé lui aussi un blâme à la mère Guesdon et a écrit à la harpie qu’elle ne recevrait plus rien désormais.
La pauvre mère Guesdon avait un fils et une fille. La fille Marie, travaillait avec sa mère à la poste, mais courait avec tous les jeunes gens de la commune. Quant au fils, Alfred, lui aussi c’était un bon à rien, qui a fini par se marier avec la fille d’un charcutier du Poiré. Nous étions invité à la noce, mais mes parents n’ont pas voulu que nous y allions. Quand ma sœur Andrée s’est mariée avec Jacques Dugast, elle a voulu bien faire les choses et a fait faire un bouquet par un jardinier de Palluau, lequel ressemblait à un bouquet de convoi funèbre. Inutile de dire que les fiancés ont jeté le bouquet, mais ont remercié la tante.
Marie, la fille, avait fini par se marier avec un Jean Thobois, dont les parents avaient une ferme près de Lille. Aussi ils ont été habités Lambersart (banlieue de Lille). Ils ont acheté une maison. La mère Guesdon a voulu aller les voir. Elle est partie avec Melle Bonnin, une institutrice en retraite, très digne et très gentille, qui habitait tout près. Elles ont fait une bon séjour là-bas, mais en revenant, comme elles voyageaient de nuit, elles ont voulu ôter leur chapeau pour dormir. Un voyageur est monté à une gare et a mis sa valise sur les chapeaux. Quant elles ont voulu les prendre pour descendre, les chapeaux ressemblaient à des galettes. Melle Bonnin en a acheté un autre, mais la mère Guesdon, économe, a mis un grand voile de deuil. Le dimanche suivant, elle arborait ce chapeau à la messe et tout le monde lui demandait qui elle avait perdu. Et en riant, elle racontait son histoire.
Complétons la famille Porteau par ce trait : Hélène étant morte, son mari Firmin Libaud s’était remarié et avait eu un fils Marcel. Il était instituteur aux Brouzils et quoique instituteur laïc, était très bien avec le curé. Sa femme réparait même les chasubles et linges d’église. Mon père étant très ami avec lui, nous allions souvent déjeuner chez eux, et sa femme, excellente cuisinière, nous faisait des cèpes farcis succulents. Leur fils Marcel est devenu pharmacien et a acheté la plus grande pharmacie de Nantes, place Royale. Il s’est marié avec la fille de son prédécesseur, ils ont eu deux enfants. Un fils qui a été, je crois, à Grignon, et est allé aider une gros propriétaire de Normandie, M. Lenglart qui avait cinq filles. Il a tellement bien travaillé que M. Lenglart lui a offert sa fille aînée en mariage. Je crois qu’il est retraité maintenant et est en Vendée. Quant à la fille Jacqueline, elle s’est mariée avec un aventurier qui avait un beau nom, a eu une fille et a divorcé. Sa fille est mariée maintenant avec un cousin de ma nièce Françoise Dugast.
Passons maintenant à la troisième sœur de Grand’mère, Adèle, mariée à un pharmacien de Vieillevigne, Ernest Luneau. Ils avaient une jolie maison. Ils on eu trois filles, Marie, Ernestine et Elisabeth. Les parents les couvaient et il ne fallait surtout pas qu’elles voient un jeune homme ! Mais ces pauvres filles s’ennuyaient.
Les parents ont quand même trouvé un mari pour leur fille aînée Marie : un médecin, je ne me souviens pas de son nom ; il a emmené sa femme à Paris. Mais l’homme ne valait rien. Au bout de peu de temps, ils ont divorcé et Marie est revenue habiter Vieillevigne. Elle a trouvé une petite maison près de ses parents.
Quant à Ernestine, s’ennuyant beaucoup, elle a vu un jour, un jeune peintre qui venait travailler chez les Luneau et s’est fait enlever par lui, et ils sont venus se réfugier chez ma grand’mère, toujours bonne et accueillante pour ses nièces. Quant au peintre, Gabriel Goureau, il avait un frère prêtre (il est même devenu par la suite évêque de Vannes), aussi ma grand’mère lui a écrit, je crois qu’il est venu et le mariage a eu lieu. Ils ont eu un fils, Alexis. Quant à Gabriel Goureau, qui trouvait qu’il ne gagnait pas assez comme peintre, il a acheté une boulangerie à Vieillevigne même, et Ernestine vendait le pain ! Toujours mal avec ses parents. Enfin ils ont fini par se réconcilier et on a pu faire une grande fête pour la communion d’Alexis. Nous y étions tous conviés et nous y sommes allés, dans une vieille « tapissière » qui appartenait à la tante Abel. Nous étions dans le grenier, environ 50. Très bon repas et champagne. Bien plus tard, Alexis s’est marié, médecin, avec une jeune fille de Rezé, Marie Guitton. Ils ont fait un bon ménage à Vieillevigne au début, mais la jeune femme est devenue tuberculeuse et est morte. Quant à Alexis, il s’est remarié avec une coiffeuse, que sa belle-mère appelait « Jeanne au grand cœur », mais trouvait qu’il ne gagnait pas assez. Alors, ils sont venus habiter Nantes où il a mis des titres ronflants : toutes les spécialité étaient inscrites sur la plaque. Le Conseil des Médecins, averti, lui a fait changé sa plaque où il a dû mettre « médecine générale ». Il a eu très peu de clients et est mort jeune. Sa femme et son fils sont allés habiter près de Paris. Quant Gabriel est mort, ils ont pris la belle-mère chez eux. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus.
Quant à Elisabeth, la troisième fille, elle s’est mariée avec un marchand de bœufs : Amiot. Au mariage, nous étions tous invités, c’était dans une grande de ferme où habitait cet Amiot. Ils ont eu un fils : Guy, gros garçon qui lui, a bien fait son chemin. Aux dernières nouvelles, il était gros marchand de bœufs, s’était bien marié, a eu trois enfants, et je crois qu’ils ont bien réussi dans la vie.
Parlons maintenant du frère de grand’mère (grand’mère avait eu trois frères, mais deux sont morts jeune) Auguste, il est devenu Inspecteur d’Enregistrement, avait un bel appartement à Paris, place Péreire, et s’était marié avec Aline Taupin, très belle femme, qui se vantait d’avoir une chevelure jusqu’aux pieds. Elle avait perdu sa mère jeune, mais aimait beaucoup sa belle-mère qui habitait à Druyes les Belles Fontaines, dans l’Yonne, où elle allait beaucoup. C’était une originale. Pour en donner une idée, elle avait invité à faire un séjour à Druyes, Aglaëe (dite Andrée) Chailloux. Or, elle la faisait lever à 5 heures du matin pour enlever les puces sur les rosiers. Andrée est repartie bien vite. Son mari était content quand il était seul, il boursicotait pas mal et donnait de bons conseils à ses neveux. Un jour, tante Abel ayant de l’argent à placer, elle lui a demandé conseil. Il lui a conseillé une valeur, mais lui a dit : achetez-là et vendez-là vite ensuite. Elle a acheté la valeur, a gagné 45 000F. et quelques jours après, la valeur en question était en faillite !
Il venait tous les ans au Poiré, chez tante Caillé. Alors là, toute la famille y allait. Il venait déjeuner chez ses sœurs. Au bout de 15 jours, il repartait à Paris. Sa femme et lui sont venus au mariage d’Andrée Chailloux. Nous ne connaissions pas sa femme qui, le jour du mariage (elle avait perdu sa belle-mère quelques mois plus tôt) a arboré une robe en crêpe anglais, disant : Je ne peux pas me consoler de la mort de ma mère ! ! ! Le lendemain, elle était en gris.
Quelques temps plus tard, ils ont acheté une villa à Croix de Vie où nous allions déjeuner chaque année, très bien. En 1931, mon père est mort, ils sont venus à l’enterrement. J’oubliais de dire qu’en 1925, au mariage de ma sœur et de Jacques Dugast, il leur avait demandé d’inviter Léon Gourraud, le fils de son cousin et grand ami. Il est venu et comme il avait plus de 35 ans, nous l’avions mis avec Madeleine Dugast. Mais l’oncle Logerie avait dans la tête de le marier avec ma cousine germaine Charlotte, ce qui a eu lieu en avril ou mai 1926. Ils ont habité à La Roche, où Léon Gourraud a construit une jolie maison et ils ont été heureux. Ils ont eu un fils Pierre.
Revenons maintenant en 1932 où l’oncle Logerie est mort. Sa femme a fait recouvrir le cercueil d’une carapace de lierre, en disant : Je suis inconsolable. On a ouvert le testament où l’oncle Logerie donnait à sa femme la maison de Croix de Vie et l’argent liquide, et aux Gourraud la ferme qu’il avait à Saint Denis la Chevasse, et aux Chailloux et à nous, les valeurs. La tante Logerie est venue très en colère à la maison et a dit à maman, médusée : Je suis furieuse de ce testament, donnez-moi à manger et convoquez tous les cousins ! ». On l’a fait déjeuner et on a pu convoquer les cousins du Poiré pour l’après-midi. Samuel Mignen lui a dit qu’il ne voulait plus la voir, parce qu’il n’avait rien. La mère Guesdon s’est jetée à ses genoux en disant : « Mes enfants avaient besoin de cet argent, je vous maudis ! ». Tête de l’assistance ! ! ! Très digne, la tante Aline s’est levée et a dit : « C’est la dernière fois que je viens au Poiré ». On ne l’a plus revue.
FIN de l’Histoire Pizagou – Logerie.