Une lettre du 18 décembre, écrite du pensionnat de Chavagnes par Jacqueline, la sœur cadette d’Andrée. Elle y nomme Mme Houdbine et Andrée elle-même : c’est le seul texte du corpus, hors journal, qui donne à entendre une autre voix de la maison au moment même où Andrée écrit.
Texte recopié tel quel, sans correction d’orthographe ni de ponctuation.
Lettre écrite par tante Canette, alors pensionnaire à Chavagnes à Nantes
Nantes 18 Décembre
Mon cher papa, ma chère maman, ma chère tante.
Madame est une chipie, une peste, une vieille folle. Elle ne veut pas que j’aille au concert dimanche !
Mme Houdbine et Andrée ont fait tout ce qu’elles ont pu pour m’emmener. Mais que peuvent deux anges contre une détraquée !
Elle peut être sûre que maintenant je ferai tout ce que je pourrais pour lui être désagréable. Voilà tout.
Elle n’est pas plus musicienne qu’un ours. Mais qu’elle ne me croit pas comme elle ! Heureusement pour moi ! Car si je lui ressemblai, j’en mourrais de douleur …
J’ai trouvé hier soir le bracelet de montre dans ma cellule …
Monsieur Gauthier est un imbécile. N’allez pas le payer surtout ! Ma montre est horriblement mal arrangée. Le bouton est trop petit, ne tient pas et quand je veux la monter, ce sont les aiguilles qui marchent …
Je ne m’intéresse plus à rien, je suis dégoutée de tout, je n’ai pas dormi de la nuit. Si je suis malade, Madame la Directrice ne pourra s’en prendre qu’à elle.
C’est tout de même malheureux d’être sous la tutelle d’une femme pareille !
Mais si elle croit que je me laisserai marcher de cette façon sur les pieds, qu’elle se trompe. Je ne suis tout de même pas poule mouillée à ce point.
Si je suis refusé à mon brevet, ce sera de sa faute…
Je ne sais pas si j’irai à la Visitation tantôt. Je suis tellement dégoutée de tout !
Je vous embrasse bien affectueusement tous les trois.
Jacqueline
Rajout par sa sœur Andrée :
Jacqueline est un peu folle aujourd’hui ou du moins très énervée par sa déception. Ne croyez pas un mot de ce que dit cette lettre. Ecrivez lui au contraire pour la sermonner. Elle se calmera je l’espère. C’est elle qui a le cerveau un peu détraqué sûrement.
Il y a contrordre aujourd’hui pour le sac de tante, je le fais monter à Nantes dans un magasin du passage Pommeraye, ce sera très bien ainsi.
Cette lettre ne passe pas par Madame, vous le devinez sans peine.