Le 27 juin 1901, le père de Marie Pigeaud note dans son agenda-buvard du Bon Marché la visite du prétendant : le train de huit heures du soir, le gros sac porté à tour de rôle, l’omelette improvisée, les cigarettes grillées « du jeudi soir jusqu’à ce matin dimanche ». Les parents d’Andrée se marient trois mois plus tard.
Texte recopié tel quel, sans correction d’orthographe ni de ponctuation.
Le jeudi 27 juin 1901, M. Victor Potier et sa mère Mme Potier nous sont arrivés par le train de 8 heures du soir. Nous sommes allés la maman et moi les recevoir à la gare de Sain-Agny. Après les compliments d’usage, nous nous sommes acheminés en portant tout à tour Victor et moi son gros sac de voyage car la mère de Marianne n’était pas là ce jour. Enfin nous sommes arrivés à la maison, nous les avons conduits au salon d’été puis, un instant après, nous les avons invités à descendre dans la salle à manger pour les faire rafraîchir. Là Mme Potier dit : « Mais nous n’avons pas dîné en route comme nous l’avions annoncé », vite la Maman leur a fait une omelette et [sic] accompagné de dessert, ils se sont restaurés ; nous avons causé et les ont fait monter dans chacun leur chambre préparée adoc.
Le lendemain, vendredi, Mme Potier annonce en déjeunant d’anguilles et [sic] qu’ils apportaient l’alliance de fiançailles, mais qu’elle désirait remettre au lendemain samedi cette cérémonie bien que déclarant qu’elle n’était pas superstitieuse.
Le samedi 29 juin, après déjeuner, étant tous 4 [5 plutôt] au salon d’été, Mme Potier dit à Victor : « Maintenant nous pouvons procéder à la cérémonie des fiançailles », Victor, obéissant à sa mère, tire de sa poche son écrin, en sort une belle bague surmontée de pierres précieuses et l’offre à marie qui, toute tremblante, bien qu’il faisait à ce moment une chaleur torride, la met à son doigt et Mme Potier dit maintenant en demandant l’assentiment de la maman Pigeaud : « Je crois que nos deux jeunes gens doivent s’embrasser » et moi de dire au garçon : « Vous êtes de la famille, embrassez-vous sans façon » (comme dans la chanson du Berry).
Puis solennellement, nous avons célébré les fiançailles de nos jeunes gens, et tout à tour nous nous sommes embrassés sans façon et le reste de la journée s’est passé en causant et parlant des conditions devant régler et assurer le bonheur de nos chers enfants.
Mme Potier nous demanda point de dot, mais elle assura à son fils environ 15 000 Fr de revenu par an, en attendant le partage des 12 domaines qu’elle et son mari possèdent, ajoutant qu’ils vivront ensemble au Poiré-sur-Vie et qu’elle fera son possible pour que Marie n’ait rien à regretter. Enfin, dimanche matin vers 7 heures, la maman et moi les avons conduits à la gare de Saint-Agny d’où ils se rendront chez eux au Poiré-sur-Vie, vers 7 heures du soir. Où ils nous attendront pour le contrat qu’ils désirent faire passer par leur notaire.
Cependant je leur dis : « Malgré que la faible dot de ma fille ne soit rien qu’une goutte d’eau au milieu de votre grande et immense fortune, je lui donne comme à sa sœur aînée 20 000 fr. » Ce à quoi ils disent qu’ils ne désirent rien de plus que ma fille. C’est très beau et très encourageant pour Marie de se voir recherchée par son mérite personnel. Ainsi soit-il.
Papa qui n’est pas plus fier pour cela.
La pluie est revenue pour apaiser la grande chaleur, il pleut en ce moment, ce qui va faire pousser les nombreux choux du Poiré-sur-Vie et des nombreux domaines qui en dépendent.
Tout va bien dans le meilleur des mondes et je voudrais bien avoir 20 ans de moins ce qui me permettrait de voir plus longtemps mes enfants heureux et moi aussi, car leur bonheur fait le mien.
Nous avons bien grillé des cigarettes Victor et moi depuis jeudi soir jusqu’à ce matin dimanche. Il ne faut pas oublier que Victor m’a apporté à goûter de son vin blanc qu’il vend 40 centimes des [ ] litres à ses habitués.
Extrait de l’agenda-buvard du Bon Marché 1893