La Haye, après le mariage de Jacqueline avec Jean Granger en 1931 : une maison « aussi confortable qu’elle pouvait l’être en 1931 », le feu dans la cheminée, puis un poêle, puis un calorifère. Le chapitre s’interrompt là ; le corpus n’en conserve pas la suite.
Texte recopié tel quel, sans correction d’orthographe ni de ponctuation.
CHAPITRE V
Nous nous plaisions beaucoup à La Haye. La maison était aussi confortable qu’elle pouvait l’être en 1931, c’est à dire qu’avec le salon, la salle à manger, la cuisine, nous avions une arrière-cuisine très grande, une chambre à coucher très bien. Nous faisions du feu dans la cheminée. Plus tard, nous avons eu un poêle et encore plus tard, un calorifère dans le couloir. Nous avions un petit jardin, mais devant la maison une grande cour où nous nous tenions les jours de beau temps. L’étude de Jean …..
…….. Suit un passage concernant son installation et sa vie à La Haye ……
… Ensuite nous sommes allés aux Sables, moi d’abord, et Jean est venu le 15 août pendant qu’Yvonne (notre bonne) est allée au Poiré chez ses parents. Nous nous sommes bien promenés, mais le 1er septembre nous avons regagné La Haye.
Et le 13 octobre, nous recevons un coup de téléphone (c’était à peu près 7 heures du soir) disant que mon père était mort dans son auto, subitement, à la suite probablement d’un coma diabétique. Nous sommes partis aussitôt bien sûr (Jean avait l’auto que papa nous avait offert) et nous sommes arrivés vers 11 heures pour trouver maman en larmes, et autour d’elle, tante Abel et la mère Guesdon éplorées.
Il faut dire que ma sœur Andrée était partie à Nantes dans l’attente d’un bébé. On a donc assisté aux obsèques, ainsi que Jacques qui avait pu revenir de Nantes. Il y avait tous les métayers, et beaucoup d’autres personnes. Le curé du moment, l’abbé Dronneau, a fait un beau discours.
Ensuite, le 4 novembre, nous avons appris la naissance de Geneviève. Il faut dire que j’étais resté au Poiré quelques jours, pour ne pas laisser maman seule. Ensuite, il a bien fallu que je parte, mais je suis revenue au Poiré pour Noël, pour que maman ne soit pas seule au moment des fêtes.
Et le 8 janvier 1932, c’est ma belle-mère qui mourait. Mon beau-frère Emile qui nous croyait au Poiré tous les deux, avait écrit à son frère que leur mère avait du muguet. Ma sœur m’a dit que c’était très grave, j’ai aussitôt téléphoné à Jean qui est allé à Vaugneray pour assister le lendemain matin à la mort de sa mère. Il m’a dit ensuite qu’il avait bien de la peine, mais qu’il était bon que sa mère soit morte le 8 janvier, car le 7 c’était l’anniversaire de notre mariage.
Ensuite, il nous a fallu rentre à La Haye…….
…..passage sur les amis qu’elle avait à La Haye ……
J’ai oublié de dire qu’en 1920, oncle Eugène Pigeaud était mort d’un infarctus pendant leurs vacances à Châteauroux. Maman y est allée bien sûr. Tante Marguerite ainsi que ses filles ont été très courageuses. Ensuite à Paris, elles se sont installées rue Bonaparte. Madeleine a fait son droit, Solange a pris une situation dans une société, et Suzanne s’est mise à faire de la reliure d’art. J’allais déjeuner ou goûter chez elles quand j’étais à Paris, et par la suite, tante Marguerite est venue souvent au Poiré et longtemps. Un jour qu’il y avait une kermesse, nous avons tous gagné des gros lots. C’est tante Marguerite qui a eu le plus gros lot, elle l’a donné immédiatement à Albert et Maria disant : Je leur donne de la peine, il faut bien qu’ils aient quelque chose !
Puis en 1932, c’est tante Marie Angèle qui est morte. Ma mère y est allée, ainsi que toute la famille Potier, et moi aussi. Cet enterrement dans la chapelle de la Visitation était sinistre : la morte était assise dans son cercueil. On a dit la messe. Ensuite la Supérieure est venue bénir la morte et l’a couchée elle-même dans son cercueil. Puis toutes les religieuses ont défilé devant elle ; il y en avait qui lui baisait la main. Enfin, à la porte, le cercueil cloué, elles l’ont quittée et c’est nous ensuite qui l’avons conduite au cimetière de Nantes où elle repose.
Parlons maintenant d’évènements plus gais. En 1934, en juillet, Jacques et Andrée ont eu un beau garçon, Yves. Les premières années, il était souvent malade, il a même eu une très grave pneumonie. Un médecin de Nantes a fini par décréter le mal : il avait l’appendice très enflammé. On l’a opéré et il n’a plus jamais été malade.
Il a fait ses classes d’une façon brillante, il a été à St-Cyr comme son frère Jean l’avait fait ; lui est allé en Algérie où la guerre était là. Il a été blessé au genou et est allé se faire soigner dans un hôpital d’Alger. Quant il a été mieux, il est venu au Poiré chez ses parents. Et quand il a été tout à fait guéri, on l’a nommé lieutenant à Chambéry. Il était furieux, il voulait retourner en Algérie. Mais il est allé quand même à Chambéry, et là il a fait la connaissance d’une charmante jeune fille, Anne Guillot, dont le père était chef des ventes à l’usine d’Ugine. Et ça été une grande passion qui dure encore.
Ils ont eu deux garçons : Bruno et Bertrand. Et ils ont une reconnaissance très grande pour mon cousin Henri Pigeaud, accoucheur à Lyon, qui a fait l’accouchement et a trouvé qu’Anne avait une cloison dans l’utérus qu’il a enlevé aussitôt et le premier bébé s’est bien porté. Quelques années après, Bertrand s’est annoncé. Toujours à l’hôpital de Lyon, l’accouchement s’est fait sans problème, mais la nuit suivante, l’infirmière de garde a remarqué que le bébé ne voulait même pas ingurgiter une cuillérée d’eau. Elle a appelé aussitôt un médecin qui alerté le chirurgien de service (il faut dire qu’Henri avait demandé aux médecins et aux infirmières de signaler la moindre anomalie). On a opéré dès le lendemain et on a vu à ce moment là que l’œsophage correspondait avec le cœur et non avec l’estomac. Il s’est très bien remis de cette opération pourtant très grave, et est même fiancé.
Quand, en janvier 1937, c’est Pierre Dugast qui venait au monde. Il s’est élevé sans problème, a fait lui aussi de bonnes études et est devenu notaire à la suite de son père. Il a fait un bon notaire et en plus, il s’occupait de nos fermes, car la question agricole l’intéressait. Il s’est bien marié avec la fille d’un notaire de La Roche s/Yon, Françoise Cacaud. Il faut dire que, puisqu’il avait deux frères officier, l’un Jean qui avait été tué en Indochine, et l’autre Yves qui avait été blessé en Algérie, il a fait son service militaire en France, d’abord à Bordeaux, puis à La Rochelle.
Ils ont eu quatre garçons : Jean-Marc ; Jérôme qui est marié, est journaliste et habite aux Sables d’Olonne ; Olivier qui est mon filleul, et comme nous sommes en 1994 il va se marier samedi prochain avec Emmanuelle Joret. Bien sûr que j’irai ; et pour finir Benoît qui a 22 ans et une situation à La Roche et rentre le soir au Poiré, au grand bonheur de Françoise, car Pierre est mort il y a une an d’un infarctus.