Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.

Résumé de l’année

L’année d’après. Trois enfants de moins de cinq ans, un deuil qui ne passe pas, et un journal qui prend, pour la première fois, un rythme régulier : chaque dimanche, « cette douce habitude de venir ici déposer le bilan de la semaine ».

Le deuil de son père scande les mois comme un compte à rebours inversé — « voilà quatre mois qu’il n’est plus », « cinq mois », « onze mois », puis le 23 octobre : « un an aujourd’hui que mon pauvre Papa repose au cimetière… je n’ai pas assisté à la veillée funèbre, je n’ai pas vu Papa dormant son dernier sommeil, je n’ai pas assisté à la triste cérémonie de l’enterrement ». Trois scènes le déplient : l’ouverture, en février, du coffre-fort qu’il avait refermé lui-même — « quelle tristesse de feuilleter ces papiers ! » ; le détour qu’elle fait faire en mars pour voir enfin l’endroit où il est mort, « cette entrée de chemin où Dieu l’attendait » ; et le rangement, fin mai, des vêtements restés en place depuis un an.

La maison de ses parents se vide en parallèle. Le 19 juin, elle y va chercher des asperges : « j’ai eu un serrement de cœur indicible à considérer cette maison fermée, comme abandonnée, cette maison qui fut si gaie autrefois, animée par le piano de Jacqueline ». Le lendemain, voyant sa fille sourire dans la cour de cette même maison, elle corrige : « j’ai compris que c’est par eux, les enfants, que la maison revivra. » En novembre, sa mère s’installe chez eux pour de bon, et le mouvement s’achève : 13 novembre, « la vie s’en est retirée pour se transporter ici, dans cette maison déserte autrefois et maintenant pleine de vie, dans ce bureau autrefois toujours fermé, ce bureau où, avec le parc de Geneviève et les jouets des deux grands, on ne sait plus où mettre les pieds ! »

1932 est aussi une année de morts publiques et privées, enchaînées. En janvier, la mère de son beau-frère ; puis le docteur Nicolleau, emporté par une typhoïde « contractée au chevet d’un malade », et en mars le docteur Grosse — les deux hommes qui ont sauvé son fils et son mari : « vis-à-vis de lui aussi j’ai une dette de reconnaissance, sans lui je n’aurais peut-être pas eu mon petit Jean vivant ! » Briand meurt le 7 mars, ses obsèques sont suivies à la TSF, et Andrée note l’essentiel sans se payer de mots : « l’œuvre politique de Briand a peut-être été discutable, mais nous ne devons pas oublier qu’il a lutté pour la paix ». Le 8 mai, le président Doumer est assassiné — « cinq balles à bout portant » — au milieu de la campagne des législatives, qu’elle suit à la radio jusqu’à minuit et demie.

Entre-temps, elle voyage un peu. Trois jours à Lisieux en juin, pèlerinage repoussé depuis des années : la châsse, les Buissonnets, le cimetière « vrai pèlerinage de pénitence car il faisait excessivement chaud », et la chambre des reliques où l’on montre « sa magnifique chevelure blonde toute bouclée ». Puis La Haye-Descartes chez sa sœur, avec un crochet par Le Blanc : « j’étais heureuse de montrer à Jacques la maison de nos vacances d’enfants… mais ce n’est pas tout à fait comme autrefois, bien des détails diffèrent ».

Deux aveux, enfin, que le journal ne fait qu’ici. Le 28 août, la fatigue devient jalousie : « j’ai eu pas mal d’envie, peut-être même de jalousie vis-à-vis de celles qui, moins favorisées pourtant que moi, puisqu’elles n’ont pas d’enfants, ont moins de souci, moins de tracas, plus de liberté ». Et le 17 avril, l’inverse exact : « nous avons eu tantôt un moment exquis, Jacques et moi, un de ces moments dont le souvenir embaume mes journées et me donne ensuite du courage pour des semaines, des mois ».

Résumés de période

L’hiver des maladies — janvier à mars

Jean, convalescent de sa typhoïde, reste fragile ; les alertes se succèdent, fausse croup de Jacqueline, embarras gastriques, fièvres. Le 10 janvier, Andrée note ce qu’on lui reproche : « je ne peux émettre une opinion qui ne soit aussitôt déclarée mauvaise… si je sors avec les enfants et qu’ils toussent ensuite, c’est de ma faute ». Le 7 février, la TSF joue la Sonatine de Ravel et la renvoie à 1925 : « Jacqueline la jouait au début de 1925 dans les mois douloureux où je ne savais pas si j’étais aimée ». Le 14 février, le coffre de son père ; le 13 mars, le lieu de sa mort et la mort de Briand.

Le printemps politique — avril et mai

Élections législatives, suivies à la radio dimanche après dimanche (1<sup>er</sup> mai et 8 mai), et l’assassinat de Doumer par-dessus. Jacques part inspecter l’île d’Yeu ; elle guette le coup de téléphone. Le 10 avril, le passage à l’heure d’été l’oblige à réécrire l’ordre de ses journées, encore une fois : « je descends à la cuisine un peu avant sept heures et déjeune aussitôt, c’est un moment de détente… d’autant plus que je lis toujours en mangeant ».

Lisieux, La Haye, la maison d’enfance — juin et juillet

Le pèlerinage, enfin fait ; puis le retour, et Geneviève trouvée à 40° : « comme elle avait changé en trois jours ! une petite figure souffreteuse et ratatinée » (19 juin). La même entrée raconte l’algarade avec la bonne, qui exige de partir un dimanche matin en la laissant tout faire : « je lui ai répondu assez vertement, et encore je ne lui ai pas dit le quart de ce que j’avais sur le cœur ». Deux pneus éclatés plus tard, la famille arrive à La Haye-Descartes, et de là au Blanc, sur les traces de son enfance.

Les Sables — août

Six semaines de plage, entrecoupées de dents, de fièvres et de chaleur. Geneviève, qui a dix mois, devient « une jeune personne tout à fait dangereuse » — tombée du berceau, retrouvée sous une chaise, saisie d’un couteau (21 août). Andrée est lasse, se sent seule au milieu de tout ce monde — « ici je ne peux m’épancher avec personne » — et compte les frictions avec sa mère. Une soirée pourtant : le dîner à La Chaume du 28 août, jambon, omelette et crêpes, le soleil qui tombe, le phare des Barges qui s’allume, « nous avons ri, nous avons même dansé, aux sons d’un piano mécanique ».

La rentrée de Jean, et l’héritage — septembre à décembre

Le 25 septembre, veille de la première rentrée de son aîné : « cela me cause une grande émotion, c’est quelque chose qui finit, il me semble que ce pauvre petit sera moins à moi ! et pourtant il le faut ». Elle le conduit et va le chercher chaque jour ; le soir, il « ne tarit pas » sur ses camarades. Elle prend aussi des leçons de conduite — « ce n’est pas trop mal pour un début, mais il y a encore des progrès à faire » (9 octobre) —, la marche arrière restant son point faible un mois plus tard. En octobre, l’ouverture du testament de l’oncle Logerie « révolutionne » le bourg, et le 23 octobre en donne le décompte, part par part, fâcherie par fâcherie. L’année finit dans le tricot, les conserves, les rhumes en série et une phrase sur ce que vaut la besogne ingrate : « ayant sacrifié ainsi mon temps et mes goûts, je ne m’étais pas senti souvent l’âme aussi allégée ».

Entrées notables

  • 10 janvier — Ce qu’on lui reproche, et ce qu’elle ne peut pas dire.
  • 7 février — Ravel, et les mois de 1925 « où je ne savais pas si j’étais aimée ».
  • 14 février — Le coffre du mort, rouvert.
  • 6 mars — La mort du docteur Grosse : « sans lui je n’aurais peut-être pas eu mon petit Jean vivant ».
  • 13 mars — L’endroit de la route où son père est mort ; et les obsèques de Briand à la TSF.
  • 17 avril — « Un de ces moments dont le souvenir embaume mes journées. »
  • 8 mai — L’assassinat du président Doumer.
  • 19 juin — Lisieux, la maison des parents fermée, Geneviève à 40°, et l’algarade avec la bonne.
  • 24 juillet — La Haye-Descartes, Le Blanc, et deux pneus éclatés en chemin.
  • 21 août — Geneviève, « jeune personne tout à fait dangereuse ».
  • 28 août — La jalousie avouée, et le dîner dansant de La Chaume.
  • 25 septembre — La veille de la première rentrée : « c’est quelque chose qui finit ».
  • 23 octobre — Un an après la mort de son père ; le film Les Croix de bois ; le testament qui divise le bourg.
  • 13 novembre — La vie passée d’une maison à l’autre.